Avec le Document budgétaire sensible au genre (DBSG) 2026, le Togo confirme sa volonté de faire de l’égalité entre les femmes et les hommes un outil de développement durable.
En dépit de disparités persistantes entre secteurs et de défis structurels, les projections budgétaires traduisent une montée en puissance progressive de la budgétisation sensible au genre, portée par une vision politique affirmée et des réformes institutionnelles continues. Pour l’exercice 2026, les dépenses sensibles au genre sont projetées à 61,4 milliards de francs CFA, soit 5,22 % du budget national. Ce niveau marque une avancée notable comparativement aux années précédentes.
En 2024, les actions sensibles au genre représentaient 32,02 milliards de francs CFA, équivalant à 1,4 % du budget, avec un taux d’exécution satisfaisant de 89,45 %. En 2025, l’enveloppe allouée s’établissait à 31,21 milliards de francs CFA, soit 1,24 % du budget national, avec un taux d’exécution de 36,35 % à fin juin. Cependant, la répartition sectorielle de ces ressources demeure très variable. Certains ministères, notamment ceux chargés du commerce et du transport, n’y consacrent que 0,02 % de leur budget, tandis que d’autres affichent des niveaux d’engagement nettement plus élevés.
Les ministères en charge de la planification et de l’agriculture se distinguent ainsi avec respectivement 70,65 % et 35,99 % de leurs budgets orientés vers des actions sensibles au genre. Ces écarts illustrent à la fois les progrès réalisés et la nécessité d’une appropriation plus homogène de la budgétisation sensible au genre au sein de l’administration publique.
Engagement politique et institutionnel
La démarche togolaise s’inscrit dans une vision claire portée par les plus hautes autorités : « faire du Togo un pays émergent, sans discrimination, où hommes et femmes ont les mêmes opportunités de participer au développement et de bénéficier de la croissance ». Cette ambition irrigue l’ensemble des cadres de référence nationaux et internationaux, notamment la Feuille de route gouvernementale Togo 2025, la Politique nationale pour l’équité et l’égalité de genre (PNEEG), les Objectifs de développement durable (ODD), l’Agenda 2063 de l’Union africaine et la Vision 2050 de la CEDEAO.
Le DBSG repose sur un socle juridique solide, fondé sur la Constitution et enrichi par des instruments internationaux et régionaux tels que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et le Protocole de Maputo. La volonté de l’État d’internaliser ces engagements a conduit à des réformes majeures du droit national, notamment la révision du Code des personnes et de la famille, du Code pénal, ainsi que l’adoption de lois spécifiques contre les violences et discriminations faites aux femmes et en faveur de leur accès au marché du travail. Sur le plan institutionnel, plusieurs mécanismes opérationnels soutiennent cette dynamique.
Les maisons de justice, les maisons de la femme et les centres d’accueil intégrés de prise en charge des violences basées sur le genre (One Stop Centers) renforcent l’accès des femmes à la justice, à la protection et à l’assistance. À cela s’ajoutent des structures comme la division dédiée à la promotion féminine au sein de la Commission des droits de l’homme et l’Agence de transformation agricole, fortement engagée dans l’autonomisation économique des femmes.
Des avancées réelles face à des défis persistants
Les progrès se reflètent également dans la sphère décisionnelle, même si les marges d’amélioration restent importantes. Les femmes occupent aujourd’hui 13,33 % des postes ministériels, 21,24 % des sièges à l’Assemblée nationale, 26,22 % au Sénat et 20 % des postes de gouverneurs régionaux. Elles représentent 14,15 % des conseillers municipaux et 11,73 % des conseillers régionaux. À l’échelle régionale, le Togo se distingue avec une Togolaise à la tête du Parlement de la CEDEAO et la reconnaissance internationale matérialisée par le prix du « Meilleur ministère de la promotion de la femme et de l’alphabétisation en Afrique » lors des African Governance Awards 2024.
Dans une optique de correction des déséquilibres économiques, l’État a également institué la réservation de 25 % des marchés publics aux femmes et aux jeunes. Par ailleurs, la méthodologie de marquage du budget sensible au genre a été revue pour le DBSG 2026, passant de trois à cinq questions afin de mieux intégrer les indicateurs de performance et les paramètres budgétaires. Une attention particulière est aussi accordée au dividende démographique, perçu comme un levier majeur de transformation économique et sociale.Malgré ces acquis, des défis demeurent.
L’accès des femmes à la justice reste inégal et leur représentation globale dans les postes de décision plafonne à 23,40 %. La loi organique relative aux lois de finances ne prévoit pas encore explicitement l’intégration de la dimension genre, et l’appropriation de la budgétisation sensible au genre varie fortement selon les secteurs.