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Léconomiste du Togo

Filières Café et cacao: Les acteurs togolais face au repli des marchés


Les acteurs des filières café et cacao se sont réunis mercredi 28 janvier 2026 à Lomé pour analyser l’évolution récente des cours mondiaux et évaluer ses impacts sur les producteurs et les opérateurs économiques. La rencontre a exposé un retournement brutal de tendance, particulièrement sur le cacao, et la nécessité d’une meilleure coordination nationale et régionale pour faire face à cette nouvelle donne.

Produits d’exportation stratégiques cotés en bourse, le café et le cacao évoluent sur des marchés hautement spéculatifs. Le cacao est coté à l’ICE Futures de New York, tandis que le café est négocié à Londres pour le robusta et à New York pour l’arabica. Après des niveaux historiques atteints en 2024, les cours du cacao ont amorcé une chute prononcée dès 2025. En janvier 2025, la tonne se négociait encore au-dessus de 8 000 dollars, soutenue par les craintes liées aux mauvaises récoltes en Afrique de l’Ouest, imputables aux effets du changement climatique et à la maladie du Swollen Shoot.

Un dernier pic de volatilité a été observé en mai 2025, avec des cours franchissant brièvement la barre des 10 000 dollars la tonne. A partir d’août-septembre 2025, la tendance s’est inversée. L’amélioration des perspectives de production pour la campagne 2025/2026, notamment en Côte d’Ivoire et au Ghana, a entraîné une baisse progressive des prix. Le 23 janvier 2026, le cacao a touché 4 054 dollars la tonne, son plus bas niveau depuis deux ans, soit une chute de plus de 62 % par rapport au pic de mai 2025. Au 27 janvier, le marché tentait un rebond technique autour de 4 324 dollars la tonne.

Selon les analystes, le marché est désormais passé d’une situation de pénurie extrême à une anticipation de surplus d’environ 175 000 tonnes pour la saison 2025/2026, porté notamment par la production équatorienne et une stabilisation en Afrique de l’Ouest.
Le café, une trajectoire plus volatile mais structurellement tendue
A l’inverse du cacao, le marché du café est resté globalement orienté à la hausse sur la période, malgré une forte volatilité. Début 2025, le robusta atteignait 6 000 dollars la tonne à Londres, avant une légère détente au milieu de l’année avec l’amélioration temporaire des prévisions de récolte. Mais la sécheresse historique au Brésil et une chute de 20 % de la production au Vietnam ont relancé la flambée des prix dès août 2025. Le café a culminé à 8,55 dollars par kilo, soit une hausse annuelle de 55 %. Malgré une hausse de la production mondiale prévue pour 2025/2026, les stocks restent à des niveaux critiques. Fin janvier 2026, le café s’échange autour de 4 132 dollars la tonne.


Deux systèmes de fixation des prix en Afrique


Les échanges ont également porté sur les mécanismes de fixation des prix aux producteurs, qui diffèrent selon les pays. Dans les systèmes sous monopole d’État, comme en Côte d’Ivoire et au Ghana, les prix sont fixés en début de campagne. Pour 2025-2026, les deux pays ont relevé les prix bord champ du cacao à 2 800 FCFA/kg en Côte d’Ivoire et 2 926 FCFA/kg au Ghana, ainsi que celui du café à 1 700 FCFA/kg en Côte d’Ivoire. Toutefois, avec la chute des cours internationaux, ces niveaux obligent désormais les autorités à recourir à des mécanismes de compensation pour maintenir les prix garantis. A l’inverse, dans les pays à filières libéralisées notamment Cameroun, Nigeria et Togo, les prix sont directement indexés sur les cours mondiaux et évoluent en conséquence.
Le Togo face aux défis de la libéralisation
Au Togo, la libéralisation des filières café et cacao, intervenue en 1996, visait à améliorer le revenu des producteurs, renforcer la performance des filières et responsabiliser l’ensemble des acteurs. Le Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC) publie ainsi tous les quinze jours un prix indicatif, représentant 65 à 75 % du prix FOB, destiné à protéger la marge des producteurs. Pour la période du 16 au 31 janvier 2026, ces prix indicatifs sont fixés à 1 530 FCFA/kg pour le café et 1 885 FCFA/kg pour le cacao. Sur le terrain, les prix bord champ observés au 27 janvier s’établissent autour de 1 800 FCFA/kg pour le café et oscillent entre 1 500 et 1 800 FCFA/kg pour le cacao. Si les prix du café restent supérieurs au seuil indicatif, ceux du cacao demeurent sous pression. Toutefois, au regard des coûts réels de production, estimés à 550 FCFA/kg pour le café et 650 FCFA/kg pour le cacao, les niveaux actuels ne défavorisent pas encore les producteurs.


Appel à la concertation et à la solidarité des acteurs


Prenant la parole, Enselme Gouthon, secrétaire général du CCFCC, a insisté sur la nécessité d’une meilleure organisation collective pour faire face à la crise actuelle. « Nous consommons peu ce que nous produisons et nous subissons la loi de marchés que nous ne contrôlons pas. Tant que les pays producteurs ne seront pas solidaires et mieux organisés, ils resteront vulnérables face aux fluctuations des prix », a-t-il déclaré. Selon lui, la forte volatilité observée depuis 2024 a surpris l’ensemble des acteurs, entraînant aujourd’hui des stocks importants, estimés à plus de 1 500 tonnes, et des tensions sur la trésorerie des producteurs et exportateurs. « Il n’y a pas de solution miracle. La sortie de crise viendra de la concertation entre producteurs, acheteurs, exportateurs et transformateurs. Chacun doit accepter de supporter une part de l’effort », a-t-il ajouté.


Transformation locale et consommation nationale


La rencontre a également mis en avant l’importance de la transformation locale et de la promotion de la consommation nationale, dans la droite ligne des politiques publiques togolaises en faveur du consommer local. Le Togo dispose déjà d’unités de transformation du café et du cacao reconnues pour la qualité de leurs produits, tant sur le marché national qu’international. Le CCFCC a réaffirmé son engagement à accompagner les acteurs à travers la mise à disposition de données de marché, le renforcement des capacités et la mise en œuvre de stratégies de commercialisation plus efficaces, conformément à l’Axe 3 des Plans de développement des filières café et cacao (PDCC) adoptés en octobre 2024.

Par la Rédaction

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