Docteure en sciences et technologies de l’information, experte reconnue en transformation numérique et en intelligence artificielle, Dr. Asma Razgallah s’impose comme l’une des figures de proue de l’innovation technologique inclusive entre l’Afrique et l’Amérique du Nord. Présidente-fondatrice de Stratégie Innovation Canada inc. (Strat.IN Canada), elle accompagne des entreprises, institutions et organisations dans leur transition digitale, en plaçant l’humain, la pédagogie et l’impact durable au cœur de sa démarche.
À l’occasion du lancement de la formation immersive de trois jours dédiée à la transformation numérique des entreprises africaines, prévue du 9 au 11 avril 2026 à Québec, Dr. Asma Razgallah revient sur les enjeux, et les opportunités concrètes d’une digitalisation réussie, accessible et adaptée aux réalités locales.
Vous avez un parcours riche entre le Québec et l’international. Qu’est-ce qui a façonné votre engagement en faveur de la transformation numérique inclusive ?
Mon engagement est profondément personnel. Je suis née et j’ai grandi en Afrique, plus précisément en Tunisie, avant de poursuivre mon parcours académique et professionnel entre l’Europe et le Québec. J’ai donc vécu de l’intérieur les écarts mais aussi les complémentarités entre les écosystèmes. La transformation numérique inclusive, pour moi, c’est s’assurer que l’innovation ne reste pas réservée à quelques grandes entreprises ou à certains pays. C’est donner aux PME, où qu’elles soient, les moyens concrets d’innover, de se structurer et de collaborer à l’international, en tenant compte de leurs réalités économiques, humaines et culturelles.
Comment définiriez-vous aujourd’hui votre vision de l’innovation, notamment pour les entreprises africaines ?
Je défends une innovation utile et responsable. Pour les entreprises africaines, innover ne signifie pas forcément adopter les technologies les plus complexes ou les plus coûteuses, mais plutôt utiliser intelligemment le numérique pour résoudre des problèmes réels : améliorer la productivité, structurer les processus, accéder à de nouveaux marchés. L’innovation doit être un levier d’autonomie et de souveraineté économique, tout en facilitant des partenariats durables avec des écosystèmes comme celui de l’Amérique du Nord.
En quoi votre double expertise scientifique et terrain influence-t-elle votre approche de la formation et de l’accompagnement stratégique ?
Ma formation scientifique m’apporte la rigueur, la méthode et la compréhension des technologies. Mon expérience terrain, au contact direct des entreprises, m’a appris une chose essentielle : une technologie n’a de valeur que si elle est comprise, appropriée et adaptée. Dans mes formations, je fais constamment le lien entre la théorie et la réalité opérationnelle des entreprises. On ne parle pas de concepts abstraits, mais de cas concrets, d’outils applicables rapidement et de décisions stratégiques réalistes.
Vous affirmez que la digitalisation n’est plus une option. Pourquoi est-elle devenue un impératif pour les PME africaines ?
Aujourd’hui, la digitalisation est une condition de survie et de croissance. Elle permet aux PME africaines de gagner en efficacité, de mieux gérer leurs données, de rassurer des partenaires internationaux et de s’intégrer dans des chaînes de valeur mondiales. Sans outils numériques, il devient très difficile de collaborer avec des entreprises nord-américaines ou européennes, qui exigent des standards clairs en matière de gestion, de traçabilité et de communication.
Quels sont, selon vous, les principaux freins à la transformation digitale des entreprises sur le continent africain ?
Les freins sont rarement uniquement technologiques. Il y a d’abord un manque d’accompagnement stratégique, parfois une peur du changement, et souvent une perception erronée des coûts. Beaucoup d’entreprises pensent que la digitalisation est réservée aux grandes structures, alors qu’il existe aujourd’hui des solutions accessibles, évolutives et adaptées aux PME.
Comment adapter les outils numériques aux réalités locales, notamment en contexte de ressources limitées ?
L’adaptation passe par le choix d’outils simples, modulaires et à forte valeur ajoutée. Il faut commencer petit, prioriser les besoins essentiels et avancer par étapes. C’est exactement pour cela que je privilégie des solutions comme le low-code/no-code, les CRM légers ou la digitalisation progressive des processus. L’objectif n’est pas la sophistication, mais l’efficacité.
En quoi cette formation de trois jours se distingue-t-elle des approches classiques de la transformation numérique ?
Cette formation est très orientée action et stratégie. Les participants ne repartent pas seulement avec des connaissances, mais avec une vision claire, des outils concrets et un plan d’action adapté à leur entreprise. Elle intègre également une dimension internationale forte, ce qui est rarement le cas dans les formations classiques.
Quels profils de participants visez-vous à travers ce programme (dirigeants, cadres, agents techniques…) ?
Nous ciblons principalement les dirigeants de PME, les cadres, les responsables innovation, transformation numérique ou développement stratégique. Mais le programme reste accessible à toute personne impliquée dans la prise de décision ou la mise en œuvre opérationnelle.
Pourquoi avoir mis l’accent sur des solutions accessibles comme le low-code/no-code, les CRM ou la gestion digitalisée des processus ?
Parce que ce sont des leviers rapides de transformation. Ces outils permettent d’obtenir des résultats visibles sans dépendre immédiatement de grandes équipes techniques ou de budgets élevés. Ils facilitent aussi la collaboration avec des partenaires internationaux, en parlant un langage commun en matière de données et de processus.
Pourquoi avoir intégré une journée spéciale d’immersion dans l’écosystème d’innovation québécois ?
Le Québec dispose d’un écosystème d’innovation très structuré, collaboratif et ouvert à l’international. Cette immersion permet aux participants de voir concrètement comment fonctionnent les incubateurs, les entreprises innovantes et les réseaux de soutien. C’est une source d’inspiration, mais aussi une opportunité de projection.
Que peuvent concrètement attendre les participants de ces rencontres avec des incubateurs et entreprises innovantes nord-américaines ?
Des échanges directs, des retours d’expérience, des contacts qualifiés et une meilleure compréhension des attentes du marché nord-américain. Ce sont souvent ces rencontres qui déclenchent des collaborations futures ou des projets pilotes.
Comment cette immersion contribue-t-elle à créer des ponts durables entre les écosystèmes africain et canadien ?
En créant de la confiance et une compréhension mutuelle. Les ponts durables ne se construisent pas uniquement avec des outils numériques, mais avec des relations humaines solides, basées sur la connaissance des réalités de chacun. Le numérique devient alors un facilitateur, pas une barrière.
À l’issue de la formation, quels résultats concrets souhaitez-vous voir émerger chez les participants et leurs entreprises ?
Je souhaite voir des entreprises mieux structurées, plus confiantes dans leur capacité à innover, avec des projets concrets de transformation numérique et des perspectives de collaboration internationale claires.
Quel message souhaitez-vous adresser aux dirigeants africains encore hésitants face à la digitalisation ?
Je leur dirais avant tout qu’en Afrique, nous avons les têtes, les talents et les expertises. Les compétences existent, souvent à très haut niveau. Ce qui manque le plus aujourd’hui, ce n’est pas l’intelligence ni la capacité d’innover, mais parfois la volonté collective, l’accès aux bons outils et surtout un accompagnement structuré, une impulsion, une première poussée. La digitalisation n’est pas une rupture brutale, mais un chemin progressif. Il ne s’agit pas de tout changer du jour au lendemain, mais de faire le premier pas, avec des outils adaptés, des objectifs clairs et un accompagnement réaliste.
L’Afrique a un immense potentiel. Le numérique est un levier puissant pour transformer ce potentiel en valeur concrète, structurer les entreprises et créer des partenariats équilibrés, durables et de qualité avec le reste du monde, notamment l’Amérique du Nord
Par la rédaction