Un rapport-pamphlet d’un collectif d’ONG souligne le fossé entre le discours social du FMI et ses exigences en matière de remboursement de la dette, notamment pour les pays africains.
Un document d’un collectif d’ONG (ActionAid, Education International and the Tax and Education Alliance) vient perturber le discours du FMI (Fonds monétaire international) quant à sa politique à l’égard des pays endettés, notamment en Afrique. Ce regroupement a étudié les « recommandations » émises par l’institution de Washington durant trois ans, concernant onze pays dont le Ghana, le Kenya, le Malawi, le Nigeria, la Zambie, le Zimbabwe, l’Ouganda et le Sénégal.
Pour y constater que certes, le discours du FMI, a « évolué » ; l’institution exprime désormais ses préoccupations concernant les inégalités et la nécessité de soutenir les personnes vulnérables ; elle affirme ainsi avoir « renforcé son engagement sur les questions de dépenses sociales ». Le FMI a publié des rapports « convaincants » dans lesquels il soutient que les pays peuvent, et devraient, augmenter leurs recettes fiscales afin de réaliser des objectifs significatifs vers la réalisation des ODD. Le FMI affirme intégrer la dimension de genre dans ses politiques et soutien que la réduction des disparités entre les sexes va de pair avec la croissance économique, la stabilité, la résilience et les diminutions des inégalités de revenus.
« Le FMI d’aujourd’hui est le FMI de nos grands-parents, qui continue de servir les intérêts des gouvernements du Nord, des créanciers et des multinationales. »
Pour autant, l’ONG déplore « un fossé » entre le discours tenu à Washington et les conseils donnés aux pays. « Dans l’ensemble, nous avons constaté que les recommandations politiques du FMI, dans la pratique, avaient peu évolué par rapport à celles formulées à l’époque discréditée des programmes d’ajustement structurel », écrit l’ONG. Les recommandations partaient du principe qu’il était primordial que les pays remboursent leurs dettes, sans proposer de solutions systémiques pour s’attaquer aux causes structurelles des crises de la dette. Cette situation « a perduré », affirment les auteurs du rapport, alors même que 54 pays dans le monde étaient en crise de la dette.
Des normes à peine reconnues
« Les pays ont été contraints par le FMI de rembourser leurs dettes, même si cela impliquait d’exploiter le travail rémunéré et non rémunéré des femmes à des niveaux insoutenables, que des personnes devaient contracter des dettes ménagères supplémentaires pour accéder aux soins de santé ou mouraient prématurément faute de services de santé, et que des millions d’enfants se voyaient privés de leur droit à l’éducation », lit-on dans le rapport. Dont les auteurs affirment : « Pour le FMI, il n’y a pas de crise systémique tant que les créanciers sont remboursés. »
Entre autres reproches, les auteurs signalent que le FMI n’a pas établi de lien entre la dette et les dépenses sociales. « Dans l’ensemble des huit pays africains étudiés, aucun document du FMI n’a comparé les remboursements de la dette extérieure aux dépenses de santé ou d’éducation, ni évalué les compromis politiques, alors même que le service de la dette dépassait les dépenses de santé dans sept de ces huit pays africains. »
De plus, la restructuration de la dette, quand elle a été décidée, « était insuffisante et tardive ». Encore aujourd’hui, les évaluations de la dette « font abstraction » des aspects sociaux. Et de considérer que les pays placés sous la tutelle du FMI sont « restés pris au piège ». Après des années de conditionnalités continues imposées par le FMI, sur les huit pays africains étudiés, deux se trouvaient en situation de surendettement, trois présentaient un risque élevé et trois un risque modéré.
D’autre part, les auteurs du rapport s’interrogent sur le contenu des « dépenses sociales » prônées par le FMI : celle-ci ne relève pas de la protection sociale mais essentiellement de l’aide sociale ciblée, sans analyse des problèmes de fond. Généralement, en matière d’éducation et de santé, les « recommandations » du FMI sont inférieures aux normes reconnues. La plupart du temps, le FMI prône une réduction de la masse salariale dans les services publics, même quand ceux-ci sont sous-dimensionnés. En matière fiscale, l’institution s’en tient au dogme de seuil minimum d’un ratio impôts/PIB de 15 %, qui est « invariablement insuffisant ». Il est vrai que de nombreux pays sont encore sous ce seuil.
Cuisiner une recette qui ne marche pas
Les auteurs du rapport reprochent ici à l’institution monétaire de tenir le même discours d’austérité dans chaque pays, sans d’un côté proposer des solutions locales, et sans, de l’autre, prôner à l’échelle mondiale une annulation de la dette et de plaider la création d’une architecture mondiale de la dette plus équitable. Les auteurs font ici référence à la Convention-cadre présentée aux Nations unies par les pays africains, lors de la Conférence sur le développement (FID4), qui s’est tenue à Séville (Espagne) en 2025. Il est vrai que le FMI considère que le risque systémique de la dette est « globalement maîtrisé ».
Et les auteurs de se faire plus polémiques, en conclusion : « Le FMI d’aujourd’hui est le FMI de nos grands-parents, qui continue de servir les intérêts des gouvernements du Nord, des créanciers et des multinationales, et qui n’a absolument aucun compte à rendre aux populations dont il façonne et contrôle la vie et l’existence. ». Selon ActionAid, le FMI joue un rôle central dans cette architecture financière internationale coloniale qui perdure encore aujourd’hui. Il ne servira jamais les intérêts des populations du Sud, car il est conçu pour permettre leur exploitation. En bref, il continue de suivre la même recette qui a échoué.
Et les auteurs du rapport de suggérer le vote aux Nations unies, en 2027, d’une nouvelle convention sur la dette souveraine, à l’image du vote obtenu sur les réparations de la période esclavagiste.