Léconomiste du Togo

BCEAO : entre course aux agréments et défi de l’innovation

Ces derniers mois, les fintechs de l’écosystème ouest-africain se livrent à une véritable course aux agréments délivrés par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Une étape indispensable : sans agrément, pas d’activité légale, ni de crédibilité auprès des partenaires et des consommateurs.

Mais une fois la porte ouverte, un autre défi s’impose : celui de l’innovation. Dans un marché où le paiement mobile, les portefeuilles électroniques ou encore la billetterie en ligne se multiplient, la différenciation ne peut se faire que sur certains leviers stratégiques : une expérience utilisateur adaptée aux réalités locales (faible connexion, mobile-first, langues locales), des services à valeur ajoutée (épargne digitale, micro-assurance, financement participatif, scoring de crédit basé sur l’IA), l’interopérabilité entre banques, mobile money et fintechs, la sécurité et la transparence, indispensables pour renforcer la confiance des utilisateurs.

Si l’agrément donne le droit de jouer, l’innovation, elle, permet de gagner la partie. La BCEAO est donc attendue sur sa capacité à accompagner cette dynamique, en proposant un cadre propice à l’émergence de nouvelles solutions, car toute innovation doit rester encadrée par la législation.

Il convient de rappeler que la course aux agréments reste exigeante. Les fintechs doivent constituer un capital social compris entre 10 et 100 millions de FCFA, une barrière financière qui freine l’entrée des plus petits acteurs. Malgré cela, plusieurs avancées sont notables : la BCEAO a déjà délivré une trentaine d’agréments d’établissement de paiement (EDP), plus d’une dizaine d’agréments d’établissement de monnaie électronique (EME), un agrément de prestataire de services de paiement (PSP). Plus récemment, la fintech ivoirienne Djamo, connue pour ses services de paiement et de crédit, est devenue la première à obtenir un agrément de microfinance (SFD).

La question qui se pose désormais est la suivante : l’écosystème saura-t-il transformer cette étape réglementaire en un véritable levier d’innovation pour renforcer l’inclusion financière en Afrique de l’Ouest ?

Fandam TAHALGBANTI

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