L’agence régionale de gestion et de promotion des titres publics de la zone UMOA (UMOA-Titres) a procédé, le mardi 27 janvier 2026 à Lomé, au lancement officiel de UTMarché, la plateforme électronique de cotation, de négociation et de transaction des titres publics. Un outil destiné à renforcer la transparence, la liquidité et la crédibilité du marché secondaire des titres souverains dans l’Union.
La plateforme a été officiellement activée par Oulimata Ndiaye Diassé, directrice générale d’UMOA-Titres, et Jean-Claude Kassi Brou, gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), en marge de la 8ᵉ édition des Rencontres du marché des titres publics de l’UMOA. Depuis sa mise en place en 2015, le marché régional des titres publics s’est imposé comme un pilier du financement des Etats membres. En 2025, les ressources mobilisées ont atteint 11 858 milliards FCFA, portant l’encours global à 21 629 milliards FCFA, selon UMOA-Titres. « Au-delà des volumes, nous avons enregistré des progrès qualitatifs notables : plus de prévisibilité dans les émissions, une professionnalisation accrue des pratiques et une amélioration significative de l’information financière mise à la disposition des investisseurs », a souligné Mme Diassé. Toutefois, malgré cette dynamique, la liquidité du marché secondaire demeure limitée, avec une formation des prix encore insuffisamment optimisée et des transactions largement bilatérales. C’est précisément pour répondre à ces faiblesses qu’UTMarché a été conçu.
UT Marché pour plus de transparence et de confiance
La nouvelle plateforme vise trois objectifs majeurs. Il s’agit de renforcer la transparence des prix et des transactions, améliorer la liquidité et la crédibilité du marché secondaire, et faciliter la formation des prix grâce à une meilleure visibilité des offres et des demandes. Concrètement, UT Marché centralise les cotations acheteur-vendeur sur des titres de référence, permet la négociation et l’exécution directe des transactions, et offre une interface de reporting donnant accès à des données de marché fiables et harmonisées. « La confiance est la clé. Plus le marché est lisible, transparent et fluide, plus les investisseurs sont enclins à s’y engager durablement », a insisté le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, rappelant que le développement du marché secondaire est déterminant pour encourager les investisseurs à entrer et à sortir sans risque excessif.
Trois axes structurants pour un marché plus profond
Les autorités monétaires et UMOA-Titres ont identifié trois chantiers prioritaires pour accompagner le déploiement de la plateforme. Le premier concerne l’approfondissement du marché, notamment à travers l’augmentation de l’épargne financière. A ce titre, la stratégie régionale d’inclusion financière portée par la BCEAO a permis de faire passer le taux d’inclusion de 47 % en 2018 à près de 75 % aujourd’hui, en grande partie grâce à l’essor de la monnaie électronique. Le deuxième axe vise la diversification des investisseurs. Aujourd’hui, les banques représentent plus de 80 % des intervenants sur le marché des titres publics. Les autorités souhaitent désormais attirer davantage les assurances, fonds de pension, caisses de retraite et caisses de dépôt, détenteurs d’importantes ressources de long terme. Enfin, le troisième axe porte sur le respect strict des règles de marché, de la déontologie et des bonnes pratiques, condition essentielle à la crédibilité du système.
Le rôle central d’UMOA-Titres et de la BCEAO
Créée en 2013, UMOA-Titres joue un rôle clé dans l’organisation du marché régional. L’agence assure notamment la coordination des calendriers d’émission des Etats, la diffusion d’informations économiques et financières fiables, la notation des signatures souveraines, ainsi que la certification des professionnels du marché, avec plus de 650 acteurs certifiés à ce jour. « La planification, la transparence et l’harmonisation des pratiques sont indispensables pour éviter les déséquilibres et renforcer la confiance des investisseurs », a rappelé le gouverneur de la BCEAO.
Le Togo, un émetteur engagé
Présidant la cérémonie, le ministre togolais de l’Économie et des Finances, Essowè Georges Barcola, a salué une initiative qui s’inscrit pleinement dans les priorités de financement durable des Etats. « Le marché des titres publics est un instrument stratégique pour mobiliser l’épargne locale, réduire la dépendance aux capitaux extérieurs et soutenir des politiques publiques structurantes », a-t-il déclaré. Entre 2021 et 2024, le Togo a mobilisé entre 500 et 700 milliards FCFA par an sur le marché régional, couvrant jusqu’à 70 % de ses besoins de financement, grâce à des réformes en matière de transparence et de gouvernance de la dette publique.
Un engagement collectif attendu
Le déploiement de UT Marché se fera de manière progressive, avec des phases de formation, de sensibilisation et d’encadrement des acteurs à travers des conventions de cotation et de marché secondaire. « La réussite de cette plateforme dépendra de l’engagement effectif de tous : émetteurs, investisseurs, spécialistes en valeurs du Trésor et régulateurs », a conclu Oulimata Ndiaye Diassé. A terme, UT Marché ambitionne de faire émerger un marché des titres publics plus profond, plus liquide et plus attractif, capable d’absorber des volumes croissants, estimés à 12 700 milliards FCFA en 2026, tout en soutenant durablement le financement des économies de l’UMOA.
Par la Rédaction