Réunis le 13 janvier 2026 à Abidjan, le Groupe de coordination arabe et le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) ont tenu une consultation de haut niveau autour de la construction d’un pacte financier stratégique entre le monde arabe et l’Afrique. Intervenant comme Grand Témoin, le Président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Serge EKUE, a livré un message fort : « le risque en Afrique de l’Ouest n’est pas celui que l’on croit. Le véritable risque, c’est le sous-investissement »
Dans une dynamique de rapprochement renforcé entre les banques multilatérales de développement (BMD) africaines et les fonds arabes, la rencontre d’Abidjan organisée à l’initiative de la Banque africaine de développement, sous le leadership de son Président, Dr Sidi Ould Tah, a rassemblé des décideurs financiers autour d’un objectif commun : repenser les modalités d’investissement en Afrique, en particulier en Afrique de l’Ouest et au Sahel.
Invité à intervenir en qualité de Grand Témoin, le Président de la BOAD, M. Serge EKUE, a marqué les esprits par un constat sans détour : « Le risque en Afrique de l’Ouest n’est pas celui que l’on croit. Le véritable risque, c’est le sous-investissement ». Une affirmation qui bouscule les perceptions traditionnelles, souvent focalisées sur l’instabilité politique ou sécuritaire, et replace l’investissement productif au cœur des solutions de long terme.
Pour Serge EKUE, la construction d’un Pacte Financier Stratégique entre le monde arabe et l’Afrique n’est plus une option, mais une urgence. À l’horizon 2035, l’Afrique de l’Ouest s’annonce comme l’une des régions les plus jeunes et les plus dynamiques du monde. Cette dynamique démographique, combinée à un potentiel économique encore largement sous-exploité, constitue une opportunité majeure pour les investisseurs disposant de capitaux de long terme.
Complémentarité des capitaux arabes et du potentiel ouest-africain
Dans son intervention, le Président de la BOAD a insisté sur la nécessité de changer de paradigme. Il ne s’agit plus d’aide au développement, mais bien de création de valeur durable. Les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ont déjà investi plus de 100 milliards de dollars en Afrique au cours de la dernière décennie.
Toutefois, la zone UEMOA, malgré sa stabilité macroéconomique et institutionnelle, reste encore insuffisamment intégrée dans ces flux de capitaux. Selon Serge EKUE, les bilans sont pourtant complémentaires. D’un côté, les pays arabes disposent de ressources financières abondantes, d’une ingénierie financière sophistiquée et d’un appétit croissant pour les investissements stratégiques.
De l’autre, l’Afrique de l’Ouest offre des opportunités de croissance massives, portées par la démographie, l’urbanisation, la transition énergétique et la transformation numérique. Pour transformer cette complémentarité en résultats concrets, cinq leviers prioritaires ont été identifiés. Le premier consiste à repenser l’architecture financière continentale, en renforçant les synergies entre la BAD et les banques régionales comme la BOAD, tout en faisant du « de-risking » un outil central pour sécuriser les investissements.
Le deuxième levier repose sur la canalisation des flux via les banques multilatérales de développement, qui peuvent jouer un rôle de plateformes de structuration et de garantie pour rassurer les investisseurs les plus averses au risque. La diversification sectorielle constitue le troisième pilier. Au-delà des secteurs traditionnels comme l’énergie et les infrastructures, Serge EKUE plaide pour un élargissement vers l’intelligence artificielle, l’agro-industrie et le numérique, moteurs de productivité et d’emplois.
Le quatrième levier concerne l’innovation financière, à travers des instruments hybrides, notamment des titres à rendement indexé sur la performance des banques de développement, assimilables à des quasi-fonds propres. Enfin, la mobilisation des marchés financiers locaux est jugée essentielle, en encourageant les fonds du Golfe à investir en monnaies locales afin de capter des rendements attractifs tout en renforçant la stabilité macroéconomique.
Une fenêtre d’opportunité pour le Sahel et l’Afrique de l’Ouest
La réunion intervient dans un contexte géopolitique et économique marqué par une recomposition des flux financiers mondiaux et une recherche accrue de rendements durables.
Pour les participants, un Sahel stable et prospère ne doit plus être perçu comme une charge, mais comme un actif stratégique, tant pour le monde arabe que pour l’économie mondiale. La fenêtre d’opportunité est jugée ouverte : les capitaux sont disponibles, les besoins sont immenses et les institutions sont prêtes à jouer un rôle catalyseur.
Sous l’impulsion de leaders comme le Président de la BAD, Dr Sidi Ould Tah, et avec l’engagement des partenaires arabes, le défi réside désormais dans la capacité collective à transformer cette ambition en actions concrètes. Pour l’Afrique de l’Ouest, il s’agit peut-être d’un tournant décisif vers une trajectoire de croissance plus inclusive, durable et souveraine.
Par la Rédaction