En visite officielle à Lomé pour la première fois depuis sa nomination, Nathalie Kouassi Akon, directrice régionale Golfe de Guinée de la Société financière internationale (IFC/SFI), dans une interview accordée à Togo First, a réaffirmé l’engagement de l’institution en faveur du développement du secteur privé togolais.
La mission intervient dans un contexte où le Togo cherche à renforcer l’attractivité de son économie, à mobiliser davantage de capitaux privés et à lever les contraintes structurelles qui freinent encore la montée en puissance des PME. Sur la période 2020-2025, l’IFC a investi et mobilisé environ 320 millions de dollars au Togo, un volume qualifié de « record » par la responsable régionale. Ces financements ont ciblé des secteurs stratégiques comme l’énergie, les télécommunications, l’industrie et les infrastructures, avec un objectif de stimuler la croissance économique par la création d’emplois, notamment au profit des jeunes et des femmes. Historiquement positionnée sur des projets structurants, port de Lomé, production indépendante d’électricité, l’IFC élargit progressivement son action vers des secteurs à fort impact social et productif. Parmi les investissements récents emblématiques figurent le soutien à TogoCom pour l’extension du très haut débit, le financement de Star Garments dans l’industrie textile, avec à la clé environ 4 500 emplois directs et indirects, et l’accompagnement de Zener dans le développement d’une énergie plus propre grâce à l’extension de ses capacités de stockage de gaz. Autant de projets qui participent à l’amélioration de la compétitivité du pays et à la diversification de son tissu productif.
La stratégie de l’IFC
Dans un environnement international marqué par le resserrement des conditions financières et les tensions géopolitiques, l’IFC adapte sa stratégie. L’institution privilégie désormais un rôle catalytique, visant à attirer les investisseurs privés plutôt qu’à se limiter à des financements directs. Au Togo, chaque dollar investi par la SFI a permis de mobiliser près de trois dollars supplémentaires auprès d’investisseurs privés, illustrant l’efficacité de cette approche fondée sur les prêts syndiqués, les émissions obligataires et les partenariats public-privé. Les priorités sectorielles restent alignées sur les axes définis avec le gouvernement togolais. L’énergie demeure un pilier central, avec l’ambition de porter le taux d’accès à l’électricité de 70 % à 90 % d’ici à 2030, dans le cadre de l’initiative Mission 300 du Groupe de la Banque mondiale.
L’agriculture constitue un autre levier majeur, à travers le financement de l’agribusiness, le renforcement des capacités des producteurs et le développement de solutions agri-tech pour structurer les filières. La logistique et les transports, essentiels au positionnement du port de Lomé comme hub régional, complètent ce triptyque stratégique.
Faire émerger les champions locaux
Un accent particulier est également mis sur l’émergence de champions locaux. L’IFC a lancé une initiative dédiée aux entreprises togolaises à fort potentiel, avec un accompagnement ciblé sur la gouvernance, la gestion financière et les normes environnementales et sociales, afin de les rendre éligibles à des financements de long terme. Cette approche répond à une réalité structurelle : une forte concentration du chiffre d’affaires entre un nombre limité de grandes entreprises, tandis que près de 90 % du tissu économique est composé de micro et petites entreprises souvent sous-capitalisées.
Doubler son portefeuille dédié aux PME
Pour répondre à ce déséquilibre, l’IFC prévoit de doubler son portefeuille dédié aux PME, en s’appuyant davantage sur les institutions de microfinance, les fintechs et les dispositifs de garanties. L’objectif est d’élargir l’accès au crédit tout en améliorant la transparence et l’impact réel des financements, notamment en faveur des entreprises dirigées par des femmes. En parallèle, un travail « en amont » est mené pour préparer les entreprises encore trop fragiles à accéder aux financements structurés. A moyen et long terme, les perspectives demeurent ambitieuses. D’ici à 2030, les besoins de financement sont estimés à environ 1,4 milliard de dollars dans l’énergie et à près d’un milliard de dollars dans l’agriculture. Pour y parvenir, l’IFC entend renforcer la coordination avec la Banque mondiale et MIGA, notamment à travers une représentation conjointe au Togo dès 2026, afin de mieux articuler investissements publics, privés et instruments de garantie. Dans un pays salué pour ses réformes, classé parmi les meilleurs réformateurs d’Afrique subsaharienne selon le classement Business Ready, l’IFC voit au Togo un partenaire stratégique de long terme. Si des freins subsistent, la dynamique engagée, combinée à une mobilisation accrue du capital privé, pourrait permettre à l’économie togolaise de changer d’échelle et de consolider sa trajectoire de transformation.