L'économiste du Togo

Total Bilan des banques : un indicateur roi… mais pas absolu

La taille compte… mais elle ne dit pas tout.

Chaque année, les classements bancaires suscitent beaucoup d’attention. Et souvent, c’est le « Total Bilan » qui fait la une. Plus une banque affiche un Total Bilan élevé, plus elle paraît grande et puissante. En apparence, rien de plus simple. Le Total Bilan, c’est la somme de tous les actifs d’une banque, autrement dit la photographie de sa taille.

Mais la vraie question est ailleurs. Lorsqu’il s’agit d’évaluer la capacité réelle d’une banque à financer l’économie et sa résilience face à d’éventuels chocs ou crises, une banque plus grande et puissante est-elle nécessairement plus solide et plus utile pour le développement économique ?

La réponse est moins évidente qu’il n’y paraît. Si le Total Bilan est un bon thermomètre de la taille, il reste un indicateur partiel qui ne dit pas tout de la santé d’une banque ni de son rôle réel dans le financement de l’économie d’un pays.

Ce que le Total Bilan dit… et ce qu’il ne dit pas

Oui, le Total Bilan reflète l’ampleur d’une banque. Mais il ne dit rien, ou presque, de la qualité de ses actifs, de sa rentabilité, de sa capacité à maîtriser ses risques ou encore de sa solidité face aux crises.

A titre d’exemple,  deux banques peuvent chacune avoir 1 000 milliards FCFA de total bilan. La première a un portefeuille de crédits sains, c’est-à-dire qu’elle prête à des clients qui remboursent bien et régulièrement, ce qui lui permet de gagner de l’argent et de répartir ses prêts dans différents secteurs. La seconde, en revanche, est « plombée » par des créances douteuses, autrement dit, des prêts accordés à des clients qui ont du mal à rembourser, et supporte un coût du risque élevé, c’est-à-dire des pertes financières liées à ces impayés. Le classement par taille les met au même niveau, mais les deux réalités sont totalement différentes.

Un autre exemple : deux banques de même taille peuvent allouer leurs crédits de manière très différente. L’une oriente 60 % de ses prêts vers le financement de l’économie réelle (PME du secteur agricole, financementd’infrastructures, etc.), quand l’autre privilégie les placements financiers ou les grandes entreprises importatrices. Même bilan, mais un rôle très différent pour l’économie.

Autrement dit : la taille du bilan impressionne, mais elle ne fait pas tout.

Vers un classement plus pertinent

Le simple volume du bilan ne suffit pas à juger de la véritable performance d’une banque. Pour apprécier sa contribution réelle au financement d’une économie, il est nécessaire de croiser d’autres indicateurs, plus révélateurs de son rôle d’intermédiation et de sa capacité à financer durablement l’économie.

• La rentabilité (ROE, ROA) : elle montre la capacité d’une banque à gagner de l’argent avec les fonds qu’elle gère (fonds investis et collectés). Une banque peu rentable aura du mal à attirer des investisseurs ou à augmenter ses prêts. À l’inverse, une banque rentable peut réinvestir ses gains pour développer son activité et prêter davantage.

• La qualité du portefeuille de crédits : elle se mesure par le taux de créances en souffrance, c’est-à-dire la proportion de prêts « en difficulté » ou non remboursés à temps, soit parce que les clients paient en retard, soit parce qu’ils ne remboursent plus du tout. Plus ce taux est élevé, plus la banque doit provisionner, c’est-à-dire mettre de l’argent de côté pour couvrir les pertes potentielles. Ce qui réduit mécaniquement sa capacité à financer de nouveaux projets. Dit autrement, moins il y a de crédits en difficulté, plus la banque peut financer l’économie.

• La solidité financière : elle se mesure par le niveau de fonds propres, qui constituent le « coussin » protégeant la banque contre les pertes. Plus ce coussin est important, plus la banque peut prêter en toute sécurité sans risquer de tomber sous les exigences réglementaires.

• La liquidité : c’est la capacité d’une banque à disposer de l’argent nécessaire pour répondre aux retraits de ses clients et honorer ses engagements. Une liquidité faible contraint la banque à limiter ses prêts, notamment dans les projets d’investissement, tandis qu’une bonne liquidité lui permet de soutenir davantage l’économie réelle.

• L’efficacité opérationnelle ou coefficient d’exploitation : elle mesure combien la banque dépense pour fonctionner par rapport à ce qu’elle gagne. Une banque qui dépense trop aura moins de marge pour baisser par exemple ses taux de crédit.

• La capacité de financement de l’économie réelle :c’est l’indicateur le plus parlant pour mesurer l’impact concret d’une banque sur l’économie et la société. Il montre quelle part de l’épargne collectée par la banque est réellement transformée en prêts pour les entreprises.

Ce dernier indicateur est particulièrement important dans les économies en développement. Les PME, qui représentent plus de 80 % des entreprises, ont souvent du mal à obtenir des crédits. Une banque qui leur consacre une part significative de ses prêts contribue directement à la croissance, à la création d’emplois et au développement concret de l’économie.

Au-delà du classement par taille

Le Total Bilan permet de mesurer la taille d’une banque, mais il ne dit rien de sa capacité à financer l’économie ni de sa solidité. Pour apprécier réellement les banques, il faut croiser plusieurs indicateurs : rentabilité, capacité à prêter, solidité et résilience.

Le vrai classement ne devrait pas se faire uniquement sur la taille du bilan, mais sur l’impact durable d’une banque sur la croissance et la stabilité de l’économie.

Dr. Jean TCHANGAI est Directeur des Engagements d’un groupe bancaire, Chercheur, membre du CREFE et du LISST – Dynamiques Rurales (DR).

Franck-Fidel N’DA est Associé chez Forvis Mazars Afrique de l’ouest et du centre, en charge de la ligne de service Consulting, Ex-Directeur Financier d’un groupe bancaire.

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