Léconomiste du Togo

L’Organisation mondiale du commerce anticipe un ralentissement de l’effet IA

Porté par les investissements liés à l’intelligence artificielle (IA) et des importations anticipées, le commerce mondial a connu une croissance exceptionnelle en 2025. Mais selon l’économiste en chef de l’OMC, Bob Staiger, ces moteurs devraient s’essouffler dès 2026 dans un environnement de  fortes incertitudes.

Croissance exceptionnelle tirée par l’IA et les importations anticipées. Lors de la présentation des points clés du rapport GTOS, ce jeudi 19 mars 2026, Bob Staiger a développé une performance atypique du commerce mondial en 2025. Le volume des échanges de marchandises a progressé de 4,6 %, un niveau bien supérieur aux tendances historiques. Cette croissance exceptionnelle s’explique principalement par deux facteurs. 

D’une part, l’anticipation des importations en Amérique du Nord, en prévision de la hausse des droits de douane, a entraîné une augmentation significative des flux commerciaux en début d’année. 

D’autre part, le boom des investissements dans les technologies liées à l’intelligence artificielle a fortement stimulé les échanges. Contrairement aux secteurs traditionnels comme la construction, dont l’intensité en importations est faible, les investissements liés à l’IA présentent une dépendance extrêmement élevée aux importations, estimées entre 70 % et 90 %. 

Cette caractéristique a mécaniquement amplifié les flux commerciaux, faisant croître le commerce mondial à un rythme 1,6 fois supérieur à celui du PIB en 2025. 

Toutefois, ces moteurs devraient perdre de leur vigueur en 2026. Les prévisions de référence tablent ainsi sur un ralentissement de la croissance du commerce de marchandises à 1,9 %, avec un possible repli à 1,4 % en cas de maintien de prix élevés de l’énergie.

Incertitudes géopolitiques et dépendance technologique

L’analyse du rapport met en évidence la fragilité des perspectives commerciales mondiales. Le principal facteur d’incertitude demeure le conflit au Moyen-Orient, dont les répercussions pourraient affecter durablement l’économie mondiale.

La hausse des prix de l’énergie constitue un canal de transmission majeur, susceptible de ralentir la croissance du PIB mondial et d’augmenter les coûts de production. À cela s’ajoutent des perturbations dans l’approvisionnement en intrants agricoles, notamment les engrais, faisant peser des risques sur la sécurité alimentaire des économies les plus vulnérables.

Le rôle croissant de l’intelligence artificielle dans le commerce mondial révèle une concentration géographique de la production. Les États-Unis, Taïwan, la République de Corée, le Japon, les Pays-Bas et la Chine dominent la chaîne de valeur des produits liés à l’IA, ce qui accentue les déséquilibres commerciaux et la dépendance technologique.

Si la dynamique des investissements dans l’IA se maintient, elle pourrait toutefois soutenir la croissance des échanges en 2026, avec un gain potentiel de 0,5 point de pourcentage. Mais cette perspective reste incertaine.

Enfin, l’érosion du système commercial multilatéral constitue un autre signal d’alerte. La part du commerce mondial soumise aux droits de douane de la nation la plus favorisée (NPF) est passée de 80 % à 72 %, traduisant une montée des tensions commerciales. Néanmoins, près des trois quarts des échanges continuent de s’appuyer sur ce cadre, témoignant d’une résilience relative du système.

Commerce mondial sous tension à l’approche des décisions internationales

La présentation du rapport GTOS intervient dans un contexte international marqué par des chocs récurrents et une incertitude persistante. Comme l’a souligné Bob Staiger, les prévisions économiques sont de plus en plus difficiles à établir face à des crises imprévues, souvent déclenchées en début d’année.

En parallèle, certaines régions contribuent activement à la dynamique du commerce mondial. L’Afrique, par exemple, a bénéficié en 2025 d’une forte demande en ressources naturelles telles que le cuivre, le cobalt et le lithium, ainsi que de conditions favorables à la production agricole. Le Moyen-Orient, quant à lui, a tiré profit d’une reprise des exportations d’énergie.

Dans ce contexte, les projections pour 2026 traduisent un retour à des niveaux de croissance plus conformes aux tendances historiques, avec un commerce mondial évoluant à un rythme proche de celui du PIB.

Le constat dressé par l’OMC montre qu’après une année 2025 exceptionnelle, le commerce mondial entre dans une phase de normalisation, mais sous haute tension, entre incertitudes géopolitiques, mutations technologiques et fragilisation du système commercial international.

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