Léconomiste du Togo

COP29 à Baku, que font les africains ?

La COP approche, et comme à l’accoutumée, de nombreuses délégations africaines s’y rendront sans préparation véritable. Pourtant, ces discussions, malgré leur allure de rassemblement inutile, sont essentielles.

Victime principale du réchauffement climatique, l’Afrique est constamment appelée à fournir davantage d’efforts pour atténuer une crise dont elle n’est pas responsable, tandis que les pays émetteurs historiques continuent de polluer, et nous continuons de subir.

Le dernier rapport du GIEC met en lumière plusieurs points cruciaux pour l’Afrique. La sécurité alimentaire est en péril, exacerbée par la sécheresse et la variabilité des précipitations.

L’accès à l’eau est une autre menace, avec près de la moitié de la population mondiale vivant dans une situation de pénurie d’eau au moins une partie de l’année, en particulier en Afrique. De plus, les changements climatiques menacent notre biodiversité, avec des impacts irréversibles.

Pour mener des négociations solides et sérieuses à la COP, notre continent doit investir dans ses capacités à mieux comprendre les sciences derrière les évaluations du GIEC.

Les tournures de langage dans les rapports de synthèse destinés aux diplomates ne reflètent pas fidèlement les avis scientifiques, et il est impératif que nos négociateurs saisissent ces nuances pour défendre nos intérêts avec compétence. Mais la bataille ne se joue pas uniquement sur le terrain scientifique. Les enjeux économiques et politiques, ainsi que les questions de sécurité, sont tout aussi cruciaux.

Le lien entre commerce et changement climatique est flagrant. L’Afrique ne représente que 3 % du commerce mondial, car le système international continue de la maintenir dans le rôle de pourvoyeuse de ressources naturelles.

 À l’heure où les batteries, les VE et les infrastructures vertes sont en plein essor, notre continent est une source de minerais et de matériaux nécessaires à ces technologies.

Pourtant, ces ressources sont extraites à notre détriment d pour alimenter la transition énergétique de l’Occident. Ainsi, alors que l’Europe et les États-Unis avancent vers des solutions solaires, hydroélectriques ou éoliennes, l’Afrique supporte la pollution générée par l’extraction minière.

Cette contradiction met en évidence une transition énergétique qui, bien que nécessaire au niveau mondial, se fait une fois de plus au détriment de l’Afrique.

 Ce qui est exploité sur notre sol ne nous profite pas, mais alimente les innovations technologiques ailleurs. L’Afrique devient ainsi non seulement un fournisseur de matières premières, mais également une source de main-d’œuvre bon marché, comme en témoigne notre faible part dans le commerce mondial.

Parler de justice climatique ne suffira pas si nous ne nous donnons pas les moyens d’influencer les discussions autrement que par des appels à la charité ou à la moralité. Les États qui se font respecter sont ceux qui démontrent une volonté de puissance et s’organisent pour acquérir cette puissance.

Amine IDRISS A. KARAMA

Directeur principal à l’Agence de développement de l’Union africaine (NEPAD)

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