La campagne 2026-2027 de commercialisation du café et du cacao a été officiellement lancée le 6 septembre 2026 à Kpalimé, dans la préfecture de Kloto. La cérémonie, présidée par le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Patoki Badanam, aux côtés du représentant du ministre de l’Agriculture, de la Pêche, des Ressources animales et de la Souveraineté alimentaire, intervient dans un contexte marqué par une baisse des exportations, mais aussi par des efforts accrus pour améliorer la qualité, la transformation locale et la conformité des produits togolais aux nouvelles exigences internationales.
Le contraste est particulièrement visible dans les chiffres de la campagne 2025-2026. Alors que le Togo avait exporté 4 400 tonnes de café et 24 000 tonnes de cacao au cours de la campagne 2024-2025, les volumes enregistrés au terme de la campagne 2025-2026 s’établissent, selon les données présentées lors de la cérémonie, à 2 782 tonnes de café et 9 070 tonnes de cacao. Cette baisse intervient alors même que la production nationale progresse. Selon les données du ministère de l’Agriculture, la production était estimée en 2025 à 30 472 tonnes de café et 23 084 tonnes de cacao, en hausse respectivement de 2,5 % et 7 % par rapport à 2024. Pour les autorités et les acteurs de la filière, l’enjeu est donc désormais de transformer davantage le potentiel de production en valeur économique, tout en protégeant les revenus des producteurs et la réputation du café et du cacao togolais.
Miser davantage sur la qualité
Le Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC) estime que la compétitivité du Togo ne repose pas uniquement sur les volumes. « Ce qui nous crédibilise à l’international n’est pas le volume de production, mais la qualité de nos produits, notre sérieux au travail et la réputation que les autorités de notre pays ont su asseoir à travers le monde », a souligné son secrétaire général, Enselme Gouthon. Cette orientation prend une importance particulière dans un marché international où les exigences en matière de qualité, de traçabilité et de durabilité se renforcent. Plusieurs investissements réalisés récemment s’inscrivent dans cette logique. Le Centre de traitement post-récolte de cacao d’excellence de Kessibo-Abréwankor, inauguré en mai 2026, ainsi que celui de Mpoti-Biltta 3, inauguré en juin, doivent contribuer à améliorer le traitement du cacao et à favoriser la production d’un cacao haut de gamme susceptible de générer de meilleurs revenus pour les producteurs. Le ministre Patoki Badanam a ainsi demandé au CCFCC de veiller à la qualité des produits issus de ces centres, tout en souhaitant que ce type d’infrastructure soit progressivement étendu à la zone café.
La transformation locale comme levier de valeur ajoutée
Au-delà de l’exportation de produits bruts, les autorités veulent également renforcer la transformation et la consommation locales.
À Lomé, la « Maison du Café, Le Terroir », ouverte en mai 2026, constitue à la fois une vitrine du café togolais, un espace de dégustation et un cadre de formation aux métiers du café. Le CCFCC accompagne également la promotion des produits dérivés du café et du cacao à travers différents événements et en collaboration avec des acteurs locaux. Cette stratégie s’inscrit dans le contexte du « Mois du Consommer Local » de l’espace UEMOA, prévu en octobre, mais aussi de la Journée internationale du café et de la Journée mondiale du cacao et du chocolat, célébrées le 1er octobre. Pour les pouvoirs publics, l’objectif est clair : faire de la transformation locale un moyen d’accroître la valeur créée au Togo, plutôt que de dépendre uniquement de l’exportation des matières premières.
La menace de la contrebande
La campagne 2026-2027 s’ouvre toutefois avec un autre défi : la lutte contre la contrebande. Le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique a fait état de l’intrusion, notamment dans la zone du Litimé, d’acteurs non professionnels et non enregistrés en provenance de certains pays de la sous-région. Cette situation peut entraîner une surenchère sur les prix d’achat et affecter la qualité des produits. Pour les autorités, elle représente également un risque pour les recettes fiscales et pour l’organisation du marché.
« Il devient plus que jamais primordial de sauvegarder la qualité et de préserver le revenu des producteurs », a déclaré Patoki Badanam. Le CCFCC, de son côté, appelle les producteurs, acheteurs, contrôleurs, transformateurs et exportateurs à respecter les procédures de commercialisation. Le cadre de concertation FUPROCAT-SIACCTO est également présenté comme un dispositif important dans la surveillance du marché et la lutte contre les pratiques irrégulières. La coopération des autorités régionales, préfectorales, communales, des chefs traditionnels, des forces de l’ordre et de sécurité ainsi que des services douaniers est jugée déterminante pour contenir le phénomène.
L’Europe impose aussi une nouvelle donne
A ces défis internes s’ajoutent les nouvelles exigences des marchés internationaux, notamment celles liées au règlement européen sur la déforestation. Le Togo travaille ainsi à la mise en conformité de ses filières café et cacao avec le Règlement « Zéro déforestation » de l’Union européenne (RDUE). Une stratégie nationale de mise en conformité a été définie, tandis que le recensement des producteurs et de leurs plantations se poursuit avec l’appui du ministère de l’Agriculture. La géolocalisation des parcelles a également démarré et un système de traçabilité est en cours de mise en place. Pour le représentant du ministre de l’Agriculture, ces évolutions constituent une transformation profonde des conditions d’accès aux marchés internationaux. Les opérateurs devront notamment être capables de démontrer l’origine des produits, leur traçabilité et leur conformité aux exigences environnementales.
Des ambitions à consolider
Ces efforts interviennent dans le cadre des Plans de développement des filières Café et Cacao (PDCC) adoptés en octobre 2024. Leur ambition est de faire des deux filières, à l’horizon 2030, des chaînes de valeur performantes, créatrices de richesses et d’emplois décents et permanents, notamment en milieu rural, grâce à une production professionnalisée, compétitive et durable.
Le Gouvernement poursuit également son accompagnement à travers le Programme de Modernisation de l’Agriculture du Togo (ProMAT 2025-2034), notamment avec la mise à disposition d’engrais spécifiques, le renforcement de l’encadrement technique des producteurs, la fourniture de matériel végétal subventionné et la poursuite des recherches sur les maladies et ravageurs du caféier et du cacaoyer. Sur le plan institutionnel, la redynamisation du Conseil interprofessionnel des filières Café et Cacao du Togo (CICC-Togo), après la révision de ses textes et la mise en place d’un nouveau conseil d’administration, doit également contribuer à renforcer la structuration des acteurs.
A l’ouverture de la nouvelle campagne, le défi est donc double : produire davantage de valeur et mieux valoriser ce qui est déjà produit. Pour y parvenir, les acteurs devront conjuguer professionnalisation, qualité, transparence dans la commercialisation, lutte contre la contrebande, transformation locale et traçabilité. Le ministre Patoki Badanam a ainsi appelé chaque acteur à jouer sa partition et à fournir des données statistiques fiables sur ses activités. La campagne 2026-2027 s’annonce donc comme une nouvelle étape pour deux filières qui restent stratégiques pour l’économie rurale togolaise, mais dont la performance se mesurera désormais autant à la quantité exportée qu’à la capacité du pays à préserver la qualité, accroître la valeur ajoutée locale et garantir un revenu équitable aux producteurs.