A Lomé, les acteurs de l’écosystème d’appui aux entreprises ont dressé le bilan du programme Quality-Boost (Q-Boost), mis en œuvre dans le cadre de l’Alliance pour la qualité des produits en Afrique (AfPQ). Au-delà de la conformité aux normes, l’enjeu est désormais de permettre aux très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) togolaises d’améliorer leur compétitivité, d’accéder à de nouveaux marchés et de développer leurs capacités d’exportation.
Les 3 et 4 septembre 2026 à Lomé, la qualité des produits et des processus de production s’est retrouvée au cœur des discussions entre structures d’accompagnement, associations professionnelles et acteurs de l’écosystème entrepreneurial togolais. Coorganisé par l’AfPQ et la Haute Autorité de la Qualité et de l’Environnement (HAUQE), ce deuxième atelier de réflexion avait pour principal objectif de tirer les enseignements du programme Quality-Boost et de réfléchir aux moyens de pérenniser et d’élargir son accompagnement.

Mis en œuvre d’août 2025 à août 2026, le programme a accompagné 44 TPME togolaises, réparties en deux cohortes de 21 et 23 entreprises. Son approche repose sur la sensibilisation, le diagnostic, le coaching personnalisé et la mise en œuvre de mesures correctives adaptées aux besoins de chaque entreprise, sur la base des exigences de la norme ISO 9001:2015.
La qualité, un enjeu de compétitivité
Pour Lare Botre Arzouma, président de la HAUQE, la démarche qualité dépasse largement la seule conformité réglementaire. « Dans un environnement économique où les exigences des marchés évoluent rapidement, la qualité est devenue un véritable facteur de compétitivité », a-t-il souligné à l’ouverture de l’atelier.
La mise en place d’un système de management de la qualité permet notamment aux entreprises de mieux maîtriser leurs processus, de réduire les non-conformités, de répondre aux attentes des clients et partenaires et d’améliorer leurs performances. Pour les TPME, souvent confrontées à des contraintes de ressources et d’accès aux marchés, cette structuration peut ainsi constituer un avantage commercial.
L’enjeu est particulièrement important pour les entreprises qui ambitionnent de dépasser le marché national. L’AfPQ, programme régional financé par l’Allemagne et mis en œuvre par la GIZ, intervient justement dans cette perspective pour améliorer la qualité des produits africains afin qu’ils puissent répondre aux exigences des acheteurs régionaux et internationaux.
L’objectif final est d’augmenter les exportations, étendre les chaînes de valeur et contribuer à la création d’emplois.
Du produit à l’organisation : un changement de perception
Pour les entreprises bénéficiaires, l’accompagnement a également permis de faire évoluer la conception même de la qualité.
Kokou Tewou, directeur général d’AVI SARL, spécialisée dans la transformation et l’exportation, explique avoir longtemps associé la qualité principalement au produit fini.
« Nous nous sommes rendu compte que la qualité dépasse même la qualité des produits. Elle concerne aussi l’organisation, le personnel et la communication », témoigne-t-il.
L’accompagnement lui a notamment permis de mieux comprendre l’importance de la qualité organisationnelle dans la performance de l’entreprise. AVI SARL poursuit désormais ses démarches pour mettre en place son système de management de la qualité et obtenir d’autres certifications.
Pour le dirigeant, cette structuration est essentielle : « Si vous n’avez pas cette qualité organisationnelle, même si vous mettez les normes en place, vous ne pouvez pas les mettre en pratique ou les exécuter. »

Cette expérience illustre l’un des enjeux majeurs pour les TPME : passer d’une approche où la qualité est essentiellement associée au contrôle du produit à une démarche intégrée à l’ensemble du fonctionnement de l’entreprise.
La certification comme passeport vers de nouveaux marchés
Dans le secteur agroalimentaire, la qualité peut également déterminer la capacité d’une entreprise à accéder à des marchés plus rémunérateurs.
Tanti Olobi Abalo, directrice générale de la Rizerie Wawa, spécialisée dans la transformation du riz, estime que le programme a permis à son entreprise d’améliorer la qualité de sa production et d’aller plus loin dans sa démarche de certification.
« La qualité va au-delà du champ dans les rizières auprès des producteurs jusqu’à l’assiette du consommateur », explique-t-elle.
L’accompagnement a ainsi contribué à renforcer la qualité du riz commercialisé par l’entreprise et à obtenir une certification, avec l’ambition de rendre le produit davantage compétitif au-delà du marché togolais.
Cette dimension est stratégique pour les entreprises locales confrontées à la concurrence des produits importés. La dirigeante appelle d’ailleurs à un soutien accru à la filière riz locale afin de renforcer sa visibilité et sa capacité à concurrencer le riz importé sur le marché togolais.
Pérenniser les acquis au-delà du projet
Pour l’AfPQ, l’un des principaux enjeux de l’atelier était justement de réfléchir à la continuité du dispositif après la fin de la mise en œuvre du projet.
La responsable du programme a rappelé que l’AfPQ travaille avec la HAUQE et les acteurs de l’écosystème d’appui aux entreprises afin que les TPME puissent continuer à bénéficier d’offres de services adaptées en matière de gestion de la qualité.
« Connaître et recueillir vos avis d’acteurs de l’écosystème d’appui pour le renforcement et la pérennisation dudit programme est important pour nous », a-t-elle indiqué.
L’objectif est donc de ne pas limiter Q-Boost à un accompagnement ponctuel, mais de réfléchir à son intégration dans l’écosystème national d’appui aux entreprises.
Pour la HAUQE, cette démarche nécessite une meilleure complémentarité entre les différentes structures. L’ambition est de construire un écosystème dans lequel une TPME puisse facilement identifier le service dont elle a besoin et progresser progressivement vers une meilleure maturité de son système de management.
Un enjeu pour la compétitivité de l’économie togolaise
Au-delà des 44 entreprises directement accompagnées, l’expérience Q-Boost pose une question plus large : comment permettre à davantage de TPME togolaises de faire de la qualité un véritable investissement économique ?
Pour l’AfPQ et la HAUQE, la réponse passe notamment par le renforcement des systèmes de management de la qualité, l’accès aux certifications internationales, l’amélioration des services proposés aux entreprises et un meilleur accès à l’information commerciale sur les marchés régionaux et internationaux.

A terme, l’enjeu est de permettre aux entreprises togolaises de produire conformément aux exigences des marchés, mais aussi de transformer cette conformité en opportunités commerciales.
Car pour une TPME, obtenir une certification ou améliorer son système de management ne constitue pas une fin en soi. La véritable valeur économique de la qualité réside dans sa capacité à réduire les pertes, améliorer la productivité, gagner la confiance des clients et ouvrir les portes de nouveaux marchés.
Avec Q-Boost, les acteurs togolais de l’écosystème entrepreneurial disposent désormais d’une première expérience sur laquelle capitaliser. Reste à transformer les enseignements tirés de ces deux cohortes en un dispositif durable et accessible à un plus grand nombre d’entreprises.