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Anti sida: La crise de financement 2025 perturbe la prévention du VIH


À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida 2025, l’ONUSIDA publie un rapport révélant l’ampleur des perturbations provoquées par la crise du financement mondial. Malgré ces revers historiques, l’institution rappelle que la résilience, l’innovation et la solidarité internationale peuvent encore permettre d’atteindre l’objectif d’un monde sans sida d’ici 2030.

Le 25 novembre 2025, à Genève, l’ONUSIDA a rendu public son rapport intitulé « Surmonter les perturbations, transformer la riposte au sida », qui dresse un constat sévère : la riposte mondiale au VIH a subi en 2025 son plus grand revers depuis plusieurs décennies. La crise du financement mondial a entraîné des perturbations majeures dans les services de prévention, de dépistage et de prise en charge, affectant particulièrement les communautés vulnérables dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Les réductions massives de l’aide internationale — qui devrait chuter de 30 à 40 % en 2025 selon l’OCDE — ont aggravé les déficits de financement existants. Les services de prévention du VIH figurent parmi les plus touchés : accès réduit à la PrEP, baisse significative de la circoncision médicale volontaire et démantèlement de nombreux programmes destinés aux jeunes femmes et adolescentes. Déjà en 2024, 570 nouvelles infections quotidiennes étaient enregistrées parmi les jeunes femmes de 15 à 24 ans. Avec la crise, l’écart de protection se creuse davantage.

Plus de 60 % des organisations communautaires dirigées par des femmes ont suspendu leurs activités, compromettant la continuité des services auprès des populations clés : hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, professionnel·les du sexe, personnes transgenres, consommateurs de drogues injectables, etc. Face à cette situation, Winnie Byanyima, Directrice exécutive de l’ONUSIDA, rappelle l’enjeu humain derrière les chiffres : « Derrière chaque donnée se trouvent des vies.

Nous ne pouvons pas abandonner ceux que ces perturbations laissent sans soutien. Nous devons transformer la riposte au sida. »


Financement, droits humains et fragilisation des communautés


Le rapport souligne que la crise du financement intervient dans un contexte de régression des droits humains, aggravant la situation des populations les plus exposées au VIH. Pour la première fois depuis 2008, le nombre de pays criminalisant les relations homosexuelles et l’expression de genre a augmenté. Parallèlement, les restrictions imposées aux organisations de la société civile entravent l’accès aux services essentiels, notamment en Afrique subsaharienne. Cette conjonction de défis menace l’atteinte des objectifs mondiaux 2030 de la Stratégie mondiale contre le sida.

L’ONUSIDA estime que leur non-atteinte pourrait entraîner 3,3 millions de nouvelles infections supplémentaires entre 2025 et 2030. Pourtant, certains pays démontrent une capacité d’adaptation remarquable. Le Nigeria, l’Ouganda, la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud et la Tanzanie ont entrepris d’augmenter leurs investissements nationaux dans les services liés au VIH, tandis que l’ONUSIDA accompagne plus de 30 pays dans l’accélération de leurs plans de durabilité.

Le rapport met également en avant des avancées technologiques porteuses d’espoir : injections semestrielles de prévention du VIH ; déploiement élargi du lenacapavir, pouvant couvrir 20 millions de personnes ; nouvelles initiatives partenariales pour produire des médicaments génériques abordables, pour un coût réduit à 40 dollars par an dans certains contextes. Ces innovations pourraient réduire considérablement les nouvelles infections, à condition d’être soutenues par des engagements financiers pérennes.


Un tournant dans la lutte mondiale contre le sida


En 2025, 40,8 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde, et 9,2 millions n’ont toujours pas accès au traitement antirétroviral. L’heure est donc à la mobilisation. Les États-Unis ont annoncé une nouvelle stratégie mondiale de santé et des accords bilatéraux pour assurer la continuité du financement du VIH dans près de 70 pays. La Conférence de reconstitution du Fonds mondial a généré 11,34 milliards de dollars d’engagements, avec d’autres contributions attendues. Cependant, l’ONUSIDA insiste : ces efforts doivent être renforcés et maintenus.

L’organisation appelle à : préserver et augmenter le financement mondial, indispensable pour une transition progressive vers des financements nationaux soutenables ; investir dans l’innovation, notamment les traitements et outils de prévention à action prolongée ; renforcer les droits humains et l’action communautaire, piliers incontournables d’une réponse efficace. Winnie Byanyima conclut avec une mise en garde claire : « Nous sommes à un moment crucial. Nous pouvons laisser la crise anéantir des décennies de progrès, ou nous unir pour mettre fin au sida. Des millions de vies dépendent de nos choix. »

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