Au Togo, il se prépare actuellement un projet d’envergure pour connecter l’ensemble de ses mairies et renforcer la digitalisation des services publics locaux. Financé par la KfW, le Projet de Digitalisation des Mairies ambitionne aussi d’étendre la connectivité aux écoles, centres de santé et à l’écosystème de l’innovation.
La transformation numérique de l’administration togolaise entre dans une nouvelle phase avec le Projet de Digitalisation des Mairies (PDiMa). Encore en phase préparatoire, ce programme stratégique vise à connecter 136 bâtiments municipaux, soit 100 % des mairies du pays, marquant ainsi une étape décisive dans la modernisation de la gouvernance locale. Financé par la KfW Development Bank, le PDiMa s’inscrit dans le Programme d’Accélération du Numérique au Togo, porté par le gouvernement. L’objectif central est de doter les collectivités territoriales d’infrastructures numériques performantes afin d’améliorer la gestion administrative, la qualité des services rendus aux citoyens et la transparence de l’action publique locale. En connectant toutes les mairies, le projet entend réduire les disparités territoriales en matière d’accès au numérique et renforcer l’efficacité de la décentralisation, pilier de la réforme institutionnelle engagée ces dernières années. Mais le PDiMa ne se limite pas aux seules administrations municipales. Son périmètre est volontairement élargi à d’autres secteurs sociaux essentiels. Ainsi, le projet prévoit la connexion de 1 488 établissements scolaires publics, représentant environ 22 % des écoles publiques du pays et touchant près de 760 000 élèves. De même, 253 centres de santé, soit 30 % des formations sanitaires publiques, seront connectés, contribuant à améliorer la gestion des données sanitaires, la coordination des services et, à terme, la qualité des soins.
Connectivité, compétences et innovation
Au-delà des infrastructures, le PDiMa mise fortement sur le développement des compétences numériques et l’innovation. Le volet formation prévoit environ 100 000 bénéficiaires des programmes de la Digital Academy, tandis que 700 000 utilisateurs sont attendus sur le réseau de connaissances qui sera déployé. Ces chiffres traduisent la volonté des autorités de faire du numérique un levier d’inclusion et de montée en compétences, aussi bien pour les agents publics que pour les citoyens. Le projet ambitionne également d’accompagner l’incubation de 150 start-up au sein d’un centre d’innovation technologique. Cette orientation illustre une approche intégrée du développement numérique, où l’administration modernisée devient à la fois utilisatrice et catalyseur de solutions innovantes.
Les infrastructures connectées joueront ainsi un rôle de points d’ancrage pour étendre la connectivité haut débit aux ménages et aux entreprises situés à proximité, favorisant l’émergence de nouveaux usages et d’activités économiques locales. Sur le plan opérationnel, plusieurs signaux montrent que le projet entre progressivement dans sa phase active. Un appel d’offres a été lancé par le ministère de l’Efficacité du service public et de la Transformation numérique pour la conception et l’installation de réseaux de communications électroniques, incluant la fourniture d’Indefeasible Rights of Use (IRU), garantissant un droit d’utilisation durable des infrastructures déployées. Par ailleurs, des recrutements clés ont été engagés, notamment pour un Responsable de la Passation des Marchés et un Responsable Administratif et Financier. Ces postes sont essentiels à l’opérationnalisation de l’Unité de Gestion du Projet, appelée à superviser l’exécution des activités sur une période de deux ans.
La digitalisation, pilier de la réforme de l’État
Ces dernières années, le gouvernement a multiplié les initiatives pour améliorer l’efficacité administrative, renforcer la transparence et rapprocher l’administration des citoyens. La décentralisation, relancée avec l’installation des conseils municipaux, nécessite des outils modernes pour être pleinement opérationnelle et répondre aux attentes des populations. En ciblant simultanément les mairies, les écoles, les centres de santé et l’écosystème de l’innovation, le projet traduit une vision transversale du numérique comme levier de développement territorial.
À terme, l’ambition affichée est de renforcer l’efficacité des services publics locaux, de faciliter l’accès des citoyens à des démarches administratives plus rapides et plus fiables, et de créer un environnement favorable à l’innovation et à l’entrepreneuriat. Si les défis liés à la mise en œuvre, à la maintenance des infrastructures et à l’appropriation des outils numériques demeurent, le Projet de Digitalisation des Mairies apparaît déjà comme l’un des chantiers les plus structurants de la transformation numérique au Togo. En connectant les collectivités et les services sociaux essentiels, le pays pose les bases d’une administration locale plus moderne, plus inclusive et résolument tournée vers l’avenir.