L'économiste du Togo

Dr. Edoh AMENOUNVE « Accompagner les PME à accéder à la bourse »

La question du financement des PME tient à cœur aux Etat membres de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). Dans cet entretien, Dr. Edoh Kossi AMENOUNVE, Directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) explique les initiatives entreprises pour permettre aux PME d’accéder à la BRVM.

 L’Économiste : Le marché financier régional affiche aujourd’hui une évolution satisfaisante, la BRVM semble être résiliente comme toute l’Union d’ailleurs. Monsieur Aménounvé, vous êtes le Directeur Général de la BRVM, dites-nous, est-ce que la hausse des taux d’inflation et le ralentissement de la croissance n’ont pas eu d’impacts sur la BRVM ?

Dr. Edoh Kossi AMENOUNVE : Merci de me recevoir sur votre plateau. Nous passons effectivement des moments difficiles sur le plan macroéconomique au niveau mondial avec, je dirai, la succession des crises que nous connaissons et l’impact de ces crises sur l’économie mondiale mais également sur les marchés des capitaux. 

Effectivement, comme vous l’avez mentionné, on a atteint des niveaux record de taux d’inflation l’année dernière, ce qui a nécessité au niveau des banques centrales la prise de mesures pour pouvoir juguler cette inflation qui était trop forte. Les conséquences, c’est qu’il faut noter aussi un ralentissement de la croissance mondiale et aussi dans notre sous-région puisque suivant les prévisions, la croissance mondiale ressortirait à 3,4 % en 2022.

Évidemment, quand la croissance ralentit, quand les taux sont élevés, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour le marché des capitaux, puisque les entreprises seront résistantes à s’endetter à des taux élevés parce que le coût financier de l’endettement devient plus important pour elles. Le ralentissement amène les investisseurs à être inquiets, à être prudents, avant de placer leur épargne. Donc, la conséquence est que cela a induit un peu le ralentissement de la bourse.

 C’est ce que nous avons vu en 2022 avec l’indice mondial MSIA qui a reculé de 17% et l’indice des marchés émergents de 19 %. La BRVM a été résiliente nous avons légèrement augmenté de 0,46%, c’est déjà une bonne chose. Cela veut dire que pour l’instant chez nous les investisseurs ne sont pas inquiets et les entreprises continuent d’avoir des mentaux solides qui rassurent le marché. 

Aujourd’hui les marchés financiers régionaux font face aux défis liés à l’intégration des places financières et des systèmes de paiement. Est-ce que la BRVM entend prendre des mesures pour relever ce défi ?

La BRVM fait partie intégrante du projet d’interconnexion des bourses. Que ça soit sur le plan régional, avec le Ghana et le Nigeria, que sur le plan mondial ou continental avec les autres bourses africaines. C’est un projet important pour nous et qui est structurant pour le développement des plans de capitaux mais aussi pour le développement économique de nos pays.

Nous avons lancé la plateforme d’interconnexion qui permet aujourd’hui de pouvoir connecter les sept principales bourses du continent. Naturellement, il y a un certain nombre de défis à relever pour que cette interconnexion puisse produire les effets escomptés.

 Il s’agit donc du règlement de la question des systèmes de paiement pour que l’on puisse dénouer les transactions qui se font entre les différentes bourses et il y a aussi la question de la réglementation d’augmentation des changes pour s’assurer que tout fonctionne bien actuellement.

 Mais ce qui est important de relever, c’est que l’objectif de l’intégration, c’est de permettre que les entreprises puissent lever des ressources à l’échelle de l’ensemble du continent.

De manière à ce que là où les ressources sont disponibles, elles puissent être accessibles pour financer les économies qui en ont besoin. Je pense que c’est un objectif noble qui rentre dans le cadre de l’intégration économique, monétaire, commerciale qui est en cours au niveau de l’Afrique. 

La question du financement des PME tient à cœur aux pays de l’UEMOA. Alors la BRVM a-t-elle pris en charge cette question ?

La BRVM a commencé depuis plusieurs années à regarder comment est-ce que nous pouvons donner un accès plus facile aux PME de notre Union, aux marchés des capitaux. Nous avons dans ce cadre créé un troisième compartiment pour nos PME avec des conditions allégées d’accès à la bourse. Mais, nous avons constaté que, malheureusement, les PME ne sont pas toujours prêtes, ni outillées pour accéder aux marchés des capitaux.

 C’est pour ça que nous avons instauré un programme de formation. L’idée de ce programme est de préparer pendant un certain nombre d’années les PME à accéder aux marchés, les préparer sur le plan de la gouvernance, sur le plan de la production des formations financières de qualité mais également sur le plan de la vision stratégique pour un développement à long terme.

C’est ce que nous avons fait avec les PME de la sous-région. Nous en avons certifié 14 et nous sommes en train de travailler avec ces PME là pour leur faciliter l’accès à la bourse. C’est un processus qui est en cours. Nous allons travailler avec d’autres PME, il y a des PME togolaises qui sont dans le programme et nous comptons poursuivre cet effort d’accompagnement au cours des années à venir pour que ces PME puissent accéder à la bourse. Il y a naturellement la question de la dette des PME, parce qu’il n’y a pas que l’ouverture du capital, donc nous sommes en train d’imaginer des mécanismes de financement par dette pour ces PME et notamment les Basket bonds et les mini bonds sur lesquels nous travaillons avec les partenaires au développement.

Quelles sont les innovations attendues à la BRVM pour les prochaines années ?

Une bourse doit continuer d’innover, nous sommes dans le processus d’innovation depuis une dizaine d’années. Aujourd’hui, nous travaillons essentiellement sur certains projets qui nous semblent être des projets structurants. Il y a d’abord la création d’un marché de dérivés pour donner des instruments de gestion de risques aux investisseurs qui veulent investir sur notre marché. Nous envisageons lancer ce marché dans un horizon de deux ans une fois que toutes les conditions seront réunies et que nous aurons sensibilisés les acteurs du marché sur la question.

 Nous travaillons également sur un marché de produits agricoles qui devrait non seulement voir le jour dans certains pays pilotes avec une vocation régionale que nous devons lui donner d’ici les prochaines années. Ça aussi, c’est pour permettre à l’agriculture d’être mieux financée dans nos pays. Nous avons un projet aussi qui devrait nous permettre de prendre en compte les enjeux climatiques, les enjeux de développement, les enjeux de développement social, durable.

 Nous travaillons au financement des obligations vertes, des obligations sociales, des obligations de la diaspora pour que notre marché puisse être dynamique et aussi offrir cette fenêtre aux investisseurs sur ces produits, qui sont extrêmement important aujourd’hui pour le développement économique et social de nos pays.

Dites-nous, est-ce que les BRVM Awards ont été un succès ici à Lomé ?

Nous avons effectivement tenu les BRVM AWARDS à Lomé. D’abord, nous nous réjouissons que les autorités togolaises au plus haut niveau aient décidé de parrainer l’événement. Nous voulons donc témoigner notre gratitude au Chef de l’État du Togo. Nous avons assisté à une belle cérémonie d’ouverture avec la présence effective de madame la première Ministre de la République Togolaise.

 Ça c’est déjà un soutien fort. Nous avons pu réunir des communicateurs qui ont pu animer les différents panels, les ateliers, discuté des sujets majeurs qui aujourd’hui sont des sujets qui nous préoccupent au niveau du marché et qui devraient nous permettre effectivement à travers ces discussions de dégager des pistes de solutions pour pouvoir améliorer le fonctionnement de notre marché. Maintenant la dernière partie des Awards, c’est vraiment les récompenses des meilleurs parmi des meilleurs. Nous nous en réjouissons. Je pense que c’est un succès. C’est une nouvelle expérience à renouveler et c’est aussi l’occasion quand nous allons dans un pays de faire la promotion de la bourse, d’être en contact avec les autorités, d’être en contact avec le secteur privé, pour faire en sorte qu’ensemble nous travaillons au développement de la BRVM. 

La Cinquième édition de la BRVM AWARD se déroulera dans quel pays ?

On n’a pas encore pris de décision dans ce sens. Mais ce sera probablement un autre pays de la Sous-région. On a déjà fait deux fois la Côte d’Ivoire. Nous avons fait le Sénégal, nous venons de faire le Togo. Donc, nous allons aller dans un des pays qui restent dans notre Union. La Bourse ayant une vocation régionale il faut que nous puissions effectivement saisir l’occasion de ce type d’événements pour aller dans chaque pays de l’Union pour faire parler de la Bourse. 

Votre mot de la fin 

Nous avons connu un engouement des acteurs du marché pour l’événement. Je voudrais les remercier tous d’avoir fait le déplacement de Lomé. D’être venus assister aux conférences, aux ateliers. Je voudrais profiter de l’occasion pour exhorter encore une fois le secteur privé régional à s’intéresser davantage à la bourse pour pouvoir lever des capitaux. Je voudrais aussi saisir cette occasion pour lancer encore une fois un appel aux épargnants particuliers et institutionnels pour qu’ils regardent la bourse pour des opportunités de placement en bourse et pouvoir mieux rémunérer leur épargne. 

Enfin, mes remerciements, encore une fois, aux autorités togolaises pour le soutien indéfectible que la BRVM a eu dans le cadre des Awards mais surtout pour l’hospitalité dont nous avons été l’objet à Lomé pendant ces deux jours.  

Transcription : Belmondo ATIKPO

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