L'économiste du Togo

Le Maroc, une probable puissance régionale?

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Une équipe de chercheurs et d’experts ont abordé les principaux axes de la diplomatie et géopolitique marocaines. Votre journal vous propose la diplomatie économique du Maroc dans l’espace de la communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest

La carté diplomatique marocaine s’est élargie ces dernières années. Aujourd’hui, il est quasiment impossible de parler de géopolitique en Afrique du Nord sans se référer au Maroc. Le royaume chérifien joue notamment une influence positive sur presque tous les plans dans les autres pays de l’Afrique, notamment dans la zone subsaharienne. Au-delà du continent africain, le Maroc fait aussi parler de lui au niveau international. C’est dans ce cadre que l’Institut d’études de géopolitique appliquée (IGA) a publié une étude intitulée « Le Maroc : les contours d’une nouvelle puissance ».

Le Maroc entretient des relations de coopération avec les pays de l’espace CEDEAO. Dans une perspective historique, ces relations ont comme point de départ le commerce transsaharien du moyen-âge entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne (l’Afrique de l’Ouest principalement). Elles ont ensuite survécu à l’époque coloniale pour enfin prendre des formes plus modernes, denses, diversifiées et dynamiques à l’accession du Maroc et des pays de l’espace CEDEAO à l’indépendance au début de la seconde moitié du XXème siècle.

 La communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest est une organisation d’intégration sous régionale créée le 28 mai 1975. Avec une aire géographique de 5,2 millions de km², elle compte aujourd’hui quinze pays membres dont le Bénin, le Burkina Faso, le Cap Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Mali, le Niger, le Nigeria, la Sierra Leone, le Sénégal et le Togo. C’est la région la plus peuplée d’Afrique et naturellement le plus grand marché en termes de consommation. Des indépendances à aujourd’hui, le Maroc a noué et entretenu d’excellentes relations avec chacun de ces pays.

Ces relations ont divers pans à savoir la politique, l’économie, la science, la culture, l’éducation et la religion. Le Maroc, fort de l’approche de la coopération sud sud et du partenariat gagnant-gagnant, a fait du continent africain l’espace naturel pour l’internationalisation de son économie84. La dynamique actuelle des échanges économiques entre le Maroc et les autres pays du continent, en particulier ceux de l’espace CEDEAO, participe de ce choix stratégique du Maroc. Faut-il le rappeler, le Maroc est actuellement le premier investisseur africain en Afrique de l’ouest et le volume des échanges commerciaux n’a de cesse d’augmenter. Derrière ce décor, une diplomatie économique sert de cadre pour la promotion et la défense des intérêts économiques du Maroc dans l’espace CEDEAO.

Il s’agit d’une diplomatie qui combine des moyens politiques et économiques et mobilise des acteurs aussi bien nombreux que divers, notamment des acteurs publics et privés, le tout pour la promotion et la défense des intérêts économiques du Maroc dans l’espace CEDEAO. Dans une approche principalement descriptive, il conviendra de s’intéresser dans un premier temps aux acteurs et aux outils de cette diplomatie économique et, dans un second temps, aux enjeux économiques et politiques de cette dernière. Les acteurs et les outils de la diplomatie économique marocaine dans l’espace CEDEAO.

 Le Maroc, en vue de promouvoir et de défendre ses intérêts en Afrique de l’ouest mobilise un nombre important d’acteurs et d’outils de diverse nature. Les acteurs La diplomatie économique se distingue par son approche horizontale et polycentrique, en ce qu’elle n’est pas du seul apanage des acteurs étatiques mais aussi des acteurs non étatiques, notamment les acteurs du secteur privé. La diplomatie économique marocaine dans l’espace CEDEAO ne déroge pas à cela. S’agissant des acteurs étatiques qui interviennent dans cette diplomatie, il convient de citer en premier le Souverain du Royaume. En effet, depuis son intronisation en juillet 1999, Sa Majesté, le Roi Mohammed a fait le choix de la dynamisation des relations maroco-africaines qui s’étaient en partie refroidies sous le règne de son prédécesseur en raison, notamment, de la question du Sahara.

Sa diplomatie au Sommet caractérisée par ses nombreuses visites dans nombre de pays dans la quasi-totalité des pays de l’espace CEDEAO a permis la conclusion de nombreux accords avec les pays de la région. Pour preuve, la dernière tournée royale dans la région qui remonte à 2017 s’était déroulée en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Sénégal85. Le parallèle entre la diplomatie au somment royale et la diplomatie économique s’explique par la contribution de la première à l’ancrage la deuxième par le biais de la signature d’accords économiques. Aussi, la présence des acteurs du secteur privé dans les délégations accompagnant le Roi lors de ses visites permet le réseautage des cercles d’affaires marocains et ouest africains pour la conclusion de partenariats d’affaires.

En sus du Souverain, d’autres acteurs étatiques interviennent dans la conduite de cette diplomatie économique marocaine dans les pays de l’espace CEDEAO. Il s’agit notamment du ministère des Affaires étrangères par le biais des missions diplomatiques marocaines dans ces pays. En effet, le Maroc entretient des relations diplomatiques avec l’ensemble des quinze pays de la communauté et dispose de représentations diplomatiques dans la quasi-totalité de ces pays. Le Maroc, à l’instar d’autres pays dans le monde, en vue d’outiller ses ambassades des mécanismes de la diplomatie économique, a créé des postes de conseillers économiques au sein des ambassades chargés de la promotion et de la défense des intérêts économiques marocains.

Les acteurs du secteur privé jouent un rôle clé aux côtés des acteurs étatiques dans la conduite de la diplomatie économique marocaine en Afrique de l’ouest. En effet, acteur et bénéficiaire de cette diplomatie, le secteur privé marocain joue sa partition dans l’expansion et la défense des intérêts marocains dans l’espace CEDEAO. Cela se traduit par sa participation aux visites des officiels marocains en Afrique de l’ouest, l’implantation des entreprises marocaines, notamment les grands groupes marocains (les champions nationaux) dans ces pays et la densification de leurs exportations à destination de ces derniers. Ici, le rôle de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), patronat du Maroc, est très révélateur de la place axiale du secteur dans le dispositif de la diplomatie économique marocaine en Afrique de l’ouest.

 La CGEM a dans son architecture institutionnelle la « commission Afrique » qui est d’ailleurs actuellement présidée par un sénégalais. Les missions de cette commission se rapportent à l’accompagnement du développement des entreprises marocaines en Afrique à travers des actions de diplomatie économique. Les outils Les outils auxquels les acteurs ont recours en vue de la promotion et la défense des intérêts économiques dans l’espace CEDEAO sont nombreux et varient selon la nature des acteurs. Ainsi, s’agissant des acteurs étatiques, ceux-ci ont recours à des politiques et juridiques. Il s’agit principalement de la conclusion d’accords économiques avec les pays de l’espace CEDEAO devant faciliter les échanges économiques.

Cette pratique, longtemps demeurée bilatérale, est en train d’évoluer pour s’effectuer le Maroc et la CEDEAO ou l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). Ce sont des accords commerciaux classiques fondés sur la clause de la nation la plus favorisée, des accords commerciaux préférentiels, des accords de promotion et de protection réciproques des investissements, des accords de non double imposition, des accords de financement et un accord de libre établissement (conclu avec le Sénégal). Par ailleurs, en cas d’adhésion à la CEDEAO (demande d’adhésion faite par le Maroc en février 2017), cela permettra aux entreprises marocaines d’exporter davantage vers les pays de l’espace CEDEAO et de s’y implanter à la faveur du cadre juridique communautaire de la CEDEAO de facilitation des échanges et de liberté d’investissement et d’établissement.

Par ailleurs, convient-il de rappeler aussi la ratification du traité constitutif de la zone de libre-échange continentale africaine par le Maroc et presque tous les pays de la CEDEAO sauf le Bénin et le Liberia. Cette zone est une opportunité de plus pour la densification des échanges économiques entre le Maroc et l’espace ouest africain d’autant plus qu’elle se rapporte à la facilitation aussi bien des échanges commerciaux que des investissements intra zone.

Quant aux acteurs non étatiques, en particulier la CGEM, les outils qu’ils mobilisent dans la défense des intérêts économiques du Maroc dans l’espace CEDEAO s’identifient aux accords de partenariats d’affaires avec leurs homologues en Afrique de l’ouest, la création de filiales ou succursales, la participation au capital des entreprises ouest africaines, l’organisation de rencontres d’affaires entre les hommes d’affaires marocains et ceux des pays ouest-africains soit bilatéralement ou régionalement (dans le cadre de la CEDEAO).

Les enjeux de la diplomatie économique marocaine dans l’espace CEDEAO Après avoir traité des enjeux de la diplomatie économique marocaine dans les pays d’Afrique de l’ouest, il importe de s’intéresser maintenant aux enjeux de cette forme de diplomatie mue par les acteurs étatiques que non étatiques en vue de la promotion et de la défense des intérêts économiques dans la région ouest-africaine, premier partenaire commercial du Maroc en Afrique subsaharienne. Ces enjeux sont identifiés aussi bien sur le plan politique que sur le plan économique.

Synthèse

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