L'économiste du Togo

L’expertise N-SOFT pour une économie digitalisée

Aujourd’hui, le Mobile Money ne suffit pas à lui seul à réduire les pertes de revenus rencontrées par les gouvernements. Les pays africains manquent de visibilité et ne sont pas équipés pour superviser des milliards de transactions financières ; ils n’ont aucun moyen interne de maîtriser les recettes fiscales que ce secteur produit. C’est là qu’intervient la technologie N-Soft : pour équiper les gouvernements avec des outils technologiques de gouvernance et leur offrir une visibilité sur les recettes fiscales de leur pays, et leur permettre de les mobiliser.

Dans cet entretien, Alex-Ariel Tchetgnia, vice-président des services professionnels chez N-Soft et Expert de haut niveau qui s’appuie sur des décennies d’expérience dans les télécommunications, la gouvernance et la mobilisation des ressources nationales explique comment les solutions de gouvernance technologiques de N-Soft dopent la capacité des gouvernements à surveiller les flux de revenus des économies et à stopper les fuites de recettes fiscales.

L’économiste du Togo : L’industrie du Mobile Money a atteint des revenus annuels de plus de mille milliards de dollars US. 70% de ces transactions proviennent des États d’Afrique subsaharienne, une augmentation de 40% indique la publication du GSMA « State of the Industry Report on Mobile Money 2022 ». Quel commentaire cela vous inspire t – il ?

Alex-Ariel Tchetgnia : Permettez-moi de corriger une légère confusion dans la question. C’est le volume global des transactions qui dépasse le trillion de dollars. Cela dit et pour répondre à votre question, la croissance que connaît le Mobile Money n’a rien de surprenant. Elle s’inscrit dans une tendance qui devrait perdurer sur la décennie en cours, avec pour chaque pays d’Afrique subsaharienne, le modèle kenyan en ligne de mire.

Les raisons sont nombreuses et évidentes :

a)     Le Mobile Money est un service à valeur ajoutée pour le grand public dans tout contexte à faible taux de bancarisation. Désormais pour envoyer les frais de santé à sa maman au village, il suffit de pianoter quelques secondes sur son smartphone.

b)     Le Mobile Money est la solution pour l’inclusion financière. Pour cette raison, il est fortement encouragé par les banques centrales. C’est le cas par exemple de la BCEAO, pionnière de la régulation de la monnaie électronique avec des textes adoptés depuis 2006.

D’ailleurs les opérateurs de Mobile Money sont conscients des libertés que leur octroient implicitement les gouvernements et en profitent. Certains d’entre eux créent des comptes Mobile Money à l’insu des utilisateurs. Vous recevez un SMS disant que votre compte Mobile Money est actif. Comparé à cela, l’ouverture d’un compte bancaire relève du parcours du combattant.

c)     Les opérateurs de Mobile Money s’adonnent à une concurrence féroce avec pour conséquence une continuelle baisse des prix rendant le service de plus en plus attractif pour les utilisateurs. (Voir l’arrivée de Wave en Afrique de Ouest).

Ces raisons et beaucoup d’autres expliquent la croissance observée aujourd’hui. Dans des pays comme le Mali, le volume annuel des transactions Mobile Money a augmenté de 50% par an depuis 2020…

Si les paiements et transferts d’argent par le numéro de téléphone et les envois de fonds entrant et sortant de l’Afrique constituent une source de recettes pour les gouvernements africains, pourquoi selon vous ces derniers ne réagissent pas ?

Je dirais plutôt qu’ils réagissent ; et c’est aussi une tendance sur le continent. Après avoir soutenu activement l’adoption du Mobile Money, les gouvernements s’intéressent de plus en plus à la mobilisation des ressources à partir de ce secteur. 

Deux courants se distinguent (sans s’exclure) :

–       Le premier tient à l’instauration de nouvelles taxes sur le Mobile Money (ex : Ouganda, Tanzanie, Cameroun, Ghana, …).

–       Le second à l’adoption d’un système de traçage des transactions électroniques. Le Kenya vient d’annoncer le déploiement d’un tel système pour 2023. Le Mali en a et plusieurs pays souhaitent en acquérir dont le Cameroun, le Burundi, la Guinée, etc… 

J’ai donc tendance à croire que les gouvernements africains s’intéressent au Mobile Money. Je suis certain que dans chaque pays africain aujourd’hui, au moins une institution en charge de veille technologique s’est penchée sur la question.

Ce qui m’étonne en revanche, c’est le focus systématiquement mis sur les taxes découlant directement du service Mobile Money. Beaucoup d’autres enjeux tout aussi sérieux sinon plus, semblent encore éludés comme le contrôle de la création de monnaie, la lutte contre l’économie informelle, etc.

Pensez-vous qu’il y a une omerta ?

Non, absolument pas.

Quels sont les obstacles à la maîtrise des transactions financières par les Etats africains ?

Ici je me concentre sur le déploiement d’un système de supervision automatisé des transactions électroniques. L’obstacle majeur tient des lourdeurs inhérentes à la machine étatique et ses complexités. Un Etat ne fonctionne pas comme une entreprise privée qui va droit au but dès que son intérêt est identifié. Pour un Etat, tout commence par le cadre réglementaire.

Est-ce que les textes le permettent ? Et sinon, il faut commencer par là.  Ensuite il faut régler la question de savoir quelle institution sera le maître d’ouvrage : La banque centrale comme régulateur des systèmes bancaires ? la Direction générale des impôts comme percepteur des recettes de l’Etat ? L’autorité de régulation des télécommunications puisque les télécommunications sont le véhicule principal du Mobile Money ? Etc. A chaque réponse un cahier de charge particulier, une équipe particulière, des études préliminaires différentes etc…

En second lieu, il faut du temps à certains Etats pour comprendre les enjeux et les inscrire dans leurs priorités.

Pour y remédier, vous prônez la technologie N-SOFT. De quoi s’agit-il ?

N-SOFT est une GovTech, c’est-à-dire une entreprise qui fournit des outils technologiques aux gouvernements. Nos solutions ont un objectif majeur : Aider les gouvernements à mobiliser les ressources à partir de leur économie interne, en apportant la transparence sur les recettes fiscales à collecter, et sans instaurer de nouvelles taxes.

L’expertise N-SOFT couvre tous les secteurs de l’économie digitalisée : Mobile Money, Publicité digitale, Télévision payante, téléphonie mobile, jeu de hasard, etc… Pour chacun de ces secteurs, les solutions développées par N-SOFT donnent aux Etats la visibilité automatique et en temps-réel sur les flux financiers sous-jacents à l’activité et par conséquent les taxes à collecter.

En ce qui concerne le Mobile Money, notre solution permet de :

–       Calculer les frais de services payés par les abonnés et les taxes qui en découlent

–       Contrôler les opérations de création de monnaie électronique par les opérateurs et donc, prévenir l’inflation.

–       Circonscrire l’économie informelle en détectant les activités non déclarées

–       Disposer d’une vue holistique de l’économie nationale.

Quels sont les avantages et les limites de la technologie N-SOFT ?

Les solutions N-SOFT sont :

–       Sont non-intrusives (sans impact sur les réseaux supervisés)

–       Respectent et protègent la confidentialité des données

–       Contribuent à restaurer la souveraineté de l’Etat sur les secteurs supervisés.

En termes de solutions de mobilisation des ressources domestiques, N-SOFT est le seul fournisseur dont l’expertise couvre toute l’économie digitalisée.

N-SOFT travaille exclusivement avec les gouvernements, c’est un gage d’impartialité.

Quant aux limites, on ne peut prétendre à la perfection dans le domaine du développement logiciel. Il y a toujours de petites choses à corriger par-ci, par-là. Mais les solutions N-SOFT constituent une valeur ajoutée certaine pour les gouvernements qui choisissent de travailler avec nous.

Des pays utilisent déjà la technologie N-SOFT ? si oui, quels en sont les résultats ?

Plusieurs pays en Afrique nous ont fait confiance dont le Mali, le Mozambique, la RDC, pour ne citer que ceux-là. Dans ces pays et lorsque le projet a consisté à la supervision d’une taxe ou d’un droit d’accises, l’augmentation des recettes du gouvernement a été spectaculaire (+50%).

Quelles sont les perspectives de la technologie N-SOFT

Quelle est le chiffre d’affaires réalisé par Meta (groupe propriétaire de Facebook, Instagram, etc.) au Togo ? Combien de togolais ont souscrit à Netflix ? Est-ce que l’Etat togolais collecte effectivement la TVA sur ces services en ligne ? Quid de Canal plus et des autres distributeurs de télévision payante ? De la compagnie de distribution d’électricité ? Etc.

Autant de questions cruciales pour les gouvernements et auxquelles N-SOFT peut aider à répondre. Un pays comme le Togo pourrait maîtriser de manière automatique et en temps-réel, 30 à 40% de son économie interne en travaillant avec N-SOFT. Par le terme « maîtriser » j’entends que l’Etat aura visibilité sur chaque acte commercial posé et s’assurera que les taxes dues ont été collectées.

Nous allons continuer de mettre l’accent sur l’innovation, de sorte à proposer des solutions de supervision qui couvriront 50 à 60% du PIB d’un pays comme le Togo à l’horizon 2026.

Un dernier mot pour conclure cet entretien

C’était un plaisir et je vous en remercie.

Pour rester dans l’ère du temps et du vent du panafricanisme qui souffle sur le continent, je dirais que je suis fier en tant qu’africain installé à Yaoundé, d’apporter ma pierre à l’édifice de l’émancipation des Etats Africains. Les aider à s’autofinancer pour dépendre le moins possible des bailleurs de fonds ; voilà un résumé très exact de mon métier aujourd’hui.

Propos recueillis par Joël YANCLO

Partager

Laisser un commentaire

Catégories

Autres articles

Que dit le Rapport 2024 sur le développement durable en Afrique ?  

juillet 19, 2024

Le Rapport 2024 sur le développement durable en Afrique, présenté par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD),...

Filière café : Des réflexions pour combler l’écart entre les revenus des producteurs

juillet 18, 2024

Les 16 et 17 juillet 2024, le comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC), en collaboration avec...

Finances publiques : Intégrer le dividende démographique dans le budget 2025

juillet 17, 2024

Sous l’égide de la Commission Économique pour l’Afrique (CEA), un atelier se tient du 15 au 16 juillet 2024 à...

UEMOA : La BIDC lance un emprunt obligataire vert au profit de 04 pays

juillet 16, 2024

La Banque d'Investissement et de Développement de la CEDEAO a lancé hier, lundi 15 juillet, un emprunt obligataire vert et...