Du 18 au 20 février 2026, Lomé abrite un atelier stratégique sur la réforme de la gouvernance des investissements, organisé par le gouvernement togolais et l’IISD. Objectif : aligner les instruments juridiques nationaux sur le Protocole d’investissement de la ZLECAf afin d’attirer des capitaux plus durables et créateurs de valeur.
Le ministère délégué chargé de la Promotion des Investissements et de la Souveraineté économique organise à Lomé, en collaboration avec l’Institut international du développement durable (IISD), renforcent les capacités consacrées à la réforme de la gouvernance des investissements. La formation réunit des représentants de plusieurs ministères sectoriels — investissement, industrie, environnement, mines, énergie, agriculture — ainsi que le bureau du procureur général et l’Agence de promotion des investissements (API). L’objectif est d’initier les cadres aux principaux instruments juridiques encadrant l’investissement : traités bilatéraux, code national des investissements et contrats conclus avec les opérateurs économiques. Au cœur des échanges figure la nécessité d’assurer la cohérence entre ces différents instruments. Selon Mme Suzy Nikièma, directrice du programme « Investissements durables » à l’IISD, il est impossible de réformer ces outils de manière isolée. L’investissement touche en effet des domaines transversaux tels que le travail, l’environnement, la santé et la fiscalité. Une réforme sectorielle risquerait de créer des incohérences juridiques susceptibles d’affaiblir la position de l’État.
Les participants alternent présentations techniques et travaux de groupe afin d’identifier des stratégies de réforme harmonisées, adaptées au contexte togolais. Une attention particulière est accordée aux contrats miniers, compte tenu de leurs implications économiques, sociales et environnementales. L’objectif est d’aligner les instruments nationaux sur le Protocole d’investissement de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), désormais considéré comme la référence continentale. Pour Bédembada Bedinadé, directeur de cabinet du ministère en charge de la Promotion des investissements, l’enjeu est opérationnel : « L’intérêt principal est d’aligner nos instruments, traités, contrats et code, sur le protocole d’investissement de la ZLECAf, afin d’assurer leur cohérence. Les capacités acquises permettront aux participants de mieux négocier les futurs traités. »
Attirer des investissements de qualité et renforcer la souveraineté
Au-delà de la formation technique, cet atelier traduit un repositionnement stratégique du Togo. Dans un environnement marqué par une concurrence accrue entre économies africaines pour capter les flux d’investissements directs étrangers, la question n’est plus seulement d’attirer des capitaux, mais d’en améliorer la qualité. Les investissements dits « responsables » — générateurs d’emplois, respectueux des normes environnementales et porteurs de valeur ajoutée locale — constituent désormais la priorité. L’alignement des instruments juridiques vise à éviter les contradictions entre engagements internationaux et dispositions nationales, susceptibles de limiter la marge de manœuvre de l’État dans la régulation des projets. Le Protocole d’investissement de la ZLECAf, adopté sous l’égide de l’Union africaine, est présenté comme une innovation majeure. Pour la première fois, les États africains disposent d’un cadre commun intégrant explicitement des exigences de développement durable. Cette harmonisation renforce leur pouvoir de négociation face aux partenaires non africains et favorise une approche plus équilibrée des relations investisseur-État. Pour le Togo, l’enjeu est également celui de la souveraineté économique. En consolidant la cohérence de ses traités, de son code d’investissement et de ses contrats sectoriels, le pays cherche à préserver ses intérêts stratégiques tout en restant attractif. La réforme de la gouvernance devient ainsi un levier central de transformation structurelle.
Boussole continentale
La Zone de libre-échange continentale africaine constitue aujourd’hui l’un des projets d’intégration économique les plus ambitieux du continent. Son Protocole sur l’investissement vise à définir des règles communes pour encadrer les flux d’investissements intra-africains et internationaux, tout en promouvant un développement durable et inclusif. Dans ce contexte, les États membres sont appelés à adapter leurs cadres juridiques internes afin de garantir leur conformité avec les engagements continentaux. Pour le Togo, cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation économique, plaçant l’investissement au cœur de la croissance. L’atelier de Lomé marque ainsi une étape importante dans la consolidation d’un environnement d’affaires plus transparent, prévisible et compétitif. En misant sur le renforcement des capacités de ses cadres et sur l’alignement de ses instruments juridiques, le pays entend capter des investissements à fort impact, capables de soutenir l’industrialisation, la création d’emplois et la valorisation des ressources nationales. À travers cette initiative, le Togo affirme sa volonté de s’inscrire pleinement dans la dynamique continentale impulsée par la ZLECAf, tout en consolidant les fondements de sa souveraineté économique.
Par la Rédaction